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Ecrire sur Bernard Kouchner n'est pas chose aisée car il laisse derrière lui un sillon pour le moins tortueux. Depuis le PCF au début des années 60, jusqu'à son allégeance à Nicolas Sarkozy aujourd'hui, en passant par le Parti socialiste et le Parti radical de gauche, voici un homme qui, à première vue, mange à tous les râteliers...
Vukovar ou Dubrovnik : la concurrence des charités
Aux guerres yougoslaves s'est superposée une autre guerre fratricide: celle des associations caritatives. En France, deux d'entre elles dominent le marché : Médecins sans Frontières (MSF) et Médecins du Monde (MDM), les deux créées par Bernard Kouchner. La première en 1971, dont il a claqué la porte à la suite d'un différend avec Claude Malhuret qui lui reprochait son zèle médiatique, et la seconde fondée en 1979.
"MSF comme MDM tirent 60 % de leurs recettes des dons privés. La charité a ses limites. Qui donne à l'une donne rarement à l'autre. Pour séduire, il faut prouver son efficacité. Forcer le premier le blocus de Dubrovnik. Pénétrer avant les autres dans l'enfer de Sarajevo." (1) En juin 1991, les premiers affrontements annonciateurs de l'éclatement de la Yougoslavie se déclarent en Slovénie et en Croatie. MSF se rend à Vukovar, où les combats acharnés engendrent de terribles destructions. Des membres de l'ONG sont délibérément pris pour cibles, et plusieurs médecins sont blessés. MSF choisit de se retirer pour se consacrer aux réfugiés, perdant définitivement sa position dominante sur la scène yougoslave... pour le plus grand bonheur de MDM qui s'est rabattu sur Dubrovnik. Avec MDM, Kouchner joue une carte plus modeste, mais infiniment plus médiatique. Défendre la perle de l'Adriatique a bien plus de classe que le champ de boue de Slavonie où MSF s'est enlisé. Généreux donateurs, à vos carnets de chèques !
Bien sûr, Dubrovnik ne subira jamais vraiment de siège, les canons endommageront peu la vieille ville, et d'ailleurs "cette ville n'avait strictement aucun besoin, affirme Rony Brauman, le président de MSF. On a créé un besoin humanitaire de toutes pièces, et puis on y a répondu. La réponse, comme les besoins, sont virtuels." Oui mais Bernard Kouchner et son équipe sont entrés les premiers dans l'ancienne Raguse. Avec des meutes de caméras de télévisions. Mise en scène soignée, présence obligée de témoins professionnels, Jean-François Deniau, Bertrand Poirot-Delpech, Jean d'Ormesson, André Glucksmann, qui pondent à leur retour de longs éditos rageurs et boursouflés de pathos dans la grande presse qu'ils monopolisent. Le cirque de Kouchner aura attiré l'attention de l'opinion publique sur la ville croate du sud qui n'avait pas besoin d'aide tandis que Vukovar, au nord, agonisait. On crée pour la circonstance un corridor humanitaire qu'aucun habitant de Dubrovnik n'empruntera, personne ne songeant à fuir la ville. Seuls quelques villages environnants seront évacués par la filière Kouchner.
Mais loin d'expliquer les ressorts de cette guerre incompréhensible à nos compatriotes, Kouchner aura contribué de façon décisive à brosser une situation manichéenne, réduisant un conflit aux racines complexes à un mauvais western pour consommateurs d'infos télé trop pressés. Aussi ne le confondons pas avec l'action humanitaire : ce serait lui faire trop d'honneur. Si vraiment apaiser les souffrances des hommes était le but ultime de notre obsédé de l'ingérence, il aurait au minimum conjugué ses efforts avec ceux des autres ONG, au lieu de se lancer dans un pitoyable "Interville de l'humanitaire".
Sarajevo : le siège truqué
Le problème des pics cathodiques, c'est qu'ils ne durent jamais très longtemps. Il faut donc renouveler son jeu, sinon le public se lasse, et les dons se tarissent. Heureusement pour Bernard Kouchner, la guerre s'étend de façon providentielle. Le 5 avril 1992, la Bosnie-Herzégovine s'embrase à son tour. Se dessine alors pour notre baroudeur du cur un nouveau défi à relever : entrer le premier dans Sarajevo assiégé. Entre temps, il est devenu ministre de la Santé et de l'Action humanitaire du gouvernement de Pierre Bérégovoy.
Gouvernemental ou non gouvernemental ? Kouchner joue sur l'ambiguïté, prend la tête d'un convoi de MDM qui restera bloqué à Visoko, à 30 km de Sarajevo. Les médicaments seront distribués à l'hôpital de Visoko dont on s'est soudain rappelé l'existence. L'entrée dans Sarajevo se fera plus tard, et pour un résultat aussi mitigé qu'à Dubrovnik. "Avec l'ouverture du pont aérien, très vite, dès les premiers jours de juillet, il arrive qu'il y ait saturation de médicaments, comme le reconnaissent les gens de MDM. La situation est beaucoup plus grave à l'extérieur de Sarajevo qu'à Sarajevo même, où personne ne fait grand-chose, hormis se montrer."
Le 26 juin 1992, François Mitterrand piaffe d'impatience en attendant la fin du sommet de Lisbonne. Il médite en secret de forcer le blocus de Sarajevo en se posant sur l'aéroport sous le feu des belligérants des deux bords. Seuls quelques fidèles, comme Hubert Védrine, sont dans la confidence. Même Bernard Kouchner, qui est du voyage, découvre au dernier moment la destination. Une fois dans la capitale bosniaque, il vole la vedette au Président Alija Izetbegovic, faisant les honneurs de la ville à sa place, au milieu d'une foule impressionnante. L'espoir de la population sarajévienne sera vite déçu. "On a vu entrer un chef d'Etat, on a vu ressortir un président de la Croix-Rouge", commente Rony Brauman, impitoyable. Car le Président a été clair : pas question de faire la guerre à qui que ce soit. Il est venu ouvrir l'aéroport de Sarajevo, pour permettre l'arrivée de l'aide humanitaire. Une manne qui arrange tout le monde. D'abord les humanitaires, c'est leur raison d'être. Sans détresse humaine, que deviendraient-ils ? Ils brassent énormément d'argent. A tel point que d'autres ONG ne tardent pas à revendiquer leur part du gâteau yougoslave. Ainsi Equilibre, qui se taille une belle réputation en distribuant ses largesses.
Un jour de janvier 1995, j'ai vu arriver trois membres d'Equilibre en Roumanie, où je vivais alors. La Bukovine n'est pourtant pas frontalière de la Croatie où cette équipe était habituellement déployée. Mais l'inaction pesant, nos humanitaires avaient décidé de prendre un peu de large. Je crois vraiment à la sincérité de ces trois là, qui, visiblement en difficulté sociale, donnaient un sens à leur vie en se mettant au service des autres. Mais ils n'étaient pas dupes de leur organisation, ni d'ailleurs de leurs protégés croates qu'ils m'ont décrits en termes peu flatteurs. Surpris et heureux de rencontrer un compatriote en un tel endroit, ils m'ont laissé, avant de prendre congé, un stock impressionnant de tubes de dentifrice au logo d'Equilibre. Avec toute ma famille, nous avons bien mis six mois à l'épuiser...
Ce butin humanitaire fait aussi le bonheur des Serbes de Bosnie, qui prélèvent leur part à chaque barrage. Les Croates ne sont pas en reste. Quant aux musulmans ils vont utiliser l'alibi humanitaire en virtuoses. Les cours du marché noir remontent à chaque fermeture de l'aéroport, et ce sont les mafias proches du pouvoir de Sarajevo qui s'en remplissent les poches. Les entrepôts d'Alija Izetbegovic, grassement remplis par la bonne conscience occidentale, disposent de suffisamment de groupes électrogènes pour alimenter la ville en électricité, et la pénurie est savamment entretenue par le grand ami démocrate de Bernard Kouchner et du Gotha intellectuel français de Saint-Germain-des-Prés. Pour faire diversion, il suffit de se dédouaner sur les Serbes qui auraient pilonné l'aéroport. Et peu importe que les casques bleus, sur le terrain, observent le contraire : ces soldats, les généraux Briquemont let MacKenzie entre autres, sont tous des proserbes notoires. C'est BHL qui le dit, alors...
Le mensonge des camps d'extermination
Au début de l'année 1993, les grandes villes françaises se couvrent d'affiches de 3 m sur 4 illustrées d'un photomontage. A droite, des prisonniers derrière des barbelés, à gauche un mirador des camps nazis. Avec cette légende : "Un camp où l'on purifie les ethnies, ça ne vous rappelle rien ? Halte aux crimes contre l'humanité des nationalistes serbes". Sans nul doute la plus odieuse campagne de MDM. A tel point que même Bernard Kouchner, son fondateur, doit s'en distancier. Discrètement. Non, lui n'a jamais qualifié les Serbes de nazis. Seulement de fascistes, et encore, en biaisant.
Que répondre à de telles flots de boue ? Expliquer, encore et toujours, froidement. D'abord que Simon Wiesenthal lui-même, le regretté traqueur de nazis, avait rappelé que les premières victimes de la purification ethnique avaient été les Serbes de Croatie chassés de chez eux par la nouvelle constitution croate qui les effaçait en tant que citoyens. (2) Que Serbes, Croates et musulmans de Bosnie appartiennent à la même ethnie et ne se différencient que par leur confession et par l'histoire. Que la Croix-Rouge, Elie Wiesel, Simone Veil et beaucoup d'autres ont visité ces camps dès août 1992 et en ont conclu qu'ils n'avaient rien à voir avec les camps d'extermination nazis. Enfin que la colère de MDM est sélective, car toutes les parties en conflit avaient leurs camps, et qu'au moment où le scandale éclate, ameuté par un journalisme de bidet auquel la plus élémentaire vérification des sources est chose étrangère, la Croix-Rouge a recensé neuf camps de prisonniers : 6 croates, 2 serbes, et un musulman. Kouchner s'est lui-même rendu dans six de ces camps, avec une mine de circonstance, pour s'indigner en chur avec l'opinion publique internationale. Plus tard, bien plus tard, il reconnaîtra, avec Izetbegovic, "homme admirable", avoir exagéré "un peu".
Des associations de Serbes de France portent l'affaire devant la justice. (3) Car cette campagne de diabolisation ne relève pas seulement de la désinformation mais contient en substance une incitation à la haine raciale. L'ordre public était troublé, la communauté serbe de France directement menacée : discrimination, injures, voire agressions. MDM s'en sort par la petite porte. Celle du vice de forme. Les associations serbes de France ne sauraient représenter l'ensemble des 80.000 Serbes du pays. Laissons donc les généreux donateurs de MDM méditer sur sa honteuse campagne de propagande raciste. Elle aura coûté la bagatelle de 11 millions de francs. Pour quelle action humanitaire ?
Total et la Birmanie
Les grands médias nous le rabâchent sans cesse : Bernard Kouchner est la personnalité préférée des Français. Sondages à l'appui. Il est tellement apprécié de nos compatriotes que malgré ses multiples parachutages, dans le Nord en 1988, en Moselle en 1994 ou à Gardanne en 1996, il n'a jamais été fichu de décrocher un seul mandat électif individuel. Guignol est sympathique, mais l'on n'est pas encore assez fou pour lui confier notre destin. L'une des rares personnalités à avoir approuvé l'intervention américaine en Irak quand le peuple français y était unanimement opposé, il se fait héraut de la Constitution européenne quand la France la repousse, s'affirme de gauche mais vous privatiserait EDF sur le champ, applaudit le Contrat première embauche qui a scandalisé les salariés menacés de précarisation généralisée. En somme, si lui se dit volontiers électron libre, on pourrait sans forcer le trait le dire à côté de la plaque !
Privé de mandat législatif, notre toubib préféré se fait consultant international avec son propre cabinet : BK Conseil. A ce titre, il rédige un rapport facturé 25.000 euros pour blanchir le géant pétrolier Total, qui convole en justes noces avec la narcodictature birmane. La junte militaire au pouvoir à Rangoon aurait mis à la disposition de Total des travailleurs forcés pour construire un oléoduc, dont des enfants utilisés pour débroussailler la zone. Notre chantre de l'humanitaire, du devoir d'ingérence et des droits de l'homme nous sortira pour l'occasion des arguments pour le moins surprenants : "N'oublions pas que pour détestable qu'il soit, le recours au travail forcé est une coutume ancienne, qui fut même légalisée par les Anglais en 1907.(...) Fallait-il répondre aux appels d'offre et installer cet oléoduc en Birmanie ? Je le crois. L'époque n'est plus à l'embargo et au boycott." (4) Deux poids, deux mesures... Mais il est vrai que, comme le conclut le journaliste, "on ne peut acheter que ce qui est à vendre". Dans le monde de Bernard Kouchner, il est permis d'avoir une conscience sale si l'on conserve les mains propres.
Les perles du "cur sans frontières"
Dans la nuit du 24 mars 1999, les bombardiers décollent des bases de l'OTAN pour écraser par le fer et le feu la République Fédérale de Yougoslavie qui avait eu le toupet d'opposer une réponse militaire à une guérilla séparatiste, l'UCK, pourtant officiellement classée "terroriste" quelque mois plus tôt par Washington. Kouchner exulte. Sa doctrine - en fait une idée exprimée par Jean-François Revel - du droit d'ingérence humanitaire est enfin mise en pratique. Avec un tel principe, verra-t-on un jour le Togo s'immiscer dans les affaires intérieures de la France, par exemple, pour protéger ses ressortissants ? Non bien sûr. L'ingérence humanitaire, c'est un droit que s'arrogent les puissants pour violer la souveraineté des petits. Un principe aux forts relents colonialistes établi par et pour les petits blancs. Mais emballé dans un papier cadeau humanitaire, dégoulinant de bon sentiments, comme naguère les puissances coloniales s'en allaient dispenser leurs lumières chez les sauvages. Les bombes humanitaires de l'Alliance atlantique ont été pour notre tartuffe vedette l'occasion de s'ésbaudir sur les vertus insoupçonnées des engins de mort : "Nous ne faisons pas la guerre aux Serbes démocrates, nous ne faisons d'ailleurs pas la guerre aux Serbes, nous ne faisons la guerre à personne." (5) L'homme qui ne fait la guerre à personne nous expliqua que "lorsque le droit d'ingérence sera appliqué, il y aura moins de guerres, car les dictateurs sauront ce qu'ils risquent. Il y aura un sans-frontiérisme du cur, et cela s'exercera contre les dictatures, pas contre les démocraties, jamais ." Mais ces grands principes ne sont-ils pas intrinsèquement pourris ? La guerre du Kosovo n'a-t-elle pas démontré que derrière l'alibi humanitaire, se profilent des armées en ordre de bataille ? Charles Péguy notait, déjà en son temps, que "dans la Déclaration des droits de l'homme, il y a de quoi faire la guerre à tout le monde, pendant la durée de tout le monde. Si l'on décide d'imposer les droits de l'homme par la guerre, préparons-nous à ne jamais l'arrêter."
"L'Europe est née au Kosovo"
"L'Europe est née au Kosovo. Celle que nous aimons" clame Bernard Kouchner nommé, entre juillet 1999 et janvier 2001, administrateur des Nations-Unies pour la province serbe placée sous tutelle internationale. Et bien, faisons le bilan. Son action transpire des pages du livre dont il se fait le héros, "non pas neutre, mais impartial". (6) Une façon habile de se ranger sous la bannière albanaise. La vallée de la Drenica, bastion UCK, est transcrite "Dranica", le Premier ministre serbe, Djinjic, est rebaptisé "Doran" au lieu de Zoran, le nom du Président yougoslave est orthographié "Kustunica" à chaque mention. Où l'on entrevoit que Kouchner est un connaisseur si avisé des Balkans qu'il confond l'homme politique Vojislav Kostunica avec le cinéaste Emir Kusturica. Mais ses références culturelles sont encore plus édifiantes. Durant son mandat kosovien, son livre de chevet, est Le Kanun de Lekë Dukagjini ! N'importe qui, effectuant une randonnée au Col de Roncevaux, mettrait "La Chanson de Roland" dans son sac à dos. Eh bien Kouchner, lui, se rend à Pristina, non avec "L'Epopée du Kosovo", cette geste serbe sublime qui fit l'admiration des plus fins lettrés, mais avec le Kanun, un code tribal albanais dit "d'honneur", qui réduit les femmes à l'état de biens mobiliers et attise des vendettas sanglantes en guerres claniques étalées sur des générations.
Décidément, du travail forcé en Birmanie au Kanun chez les Albanais du Kosovo, Kouchner aime les "coutumes anciennes". L'arrivée du Gauleiter du Kosovo est saluée par les extrémistes albanais avec le massacre de Gracko : 14 paysans serbes sont égorgés, dont un enfant de quinze ans, alors qu'ils moissonnaient paisiblement leurs champs. Notre Tintin au pays du Kanun promet la justice, mais les assassins ne seront jamais inquiétés. La description des obsèques à l'atmosphère oppressante est aussitôt tempérée par une réécriture de la guerre du Kosovo où l'Albanais est par définition victime. Il s'agit donc de vengeances certes regrettables, mais au fond, compréhensibles... pour les faussaires qui font débuter l'histoire en 1989.
Pire, il désarme les tueurs de l'UCK pour recruter ses éléments et les réarmer en un très officiel Corps de protection du Kosovo. Le docteur Kouchner est un excellent médecin. Nul ne s'entend mieux que lui à semer la gangrène. Imaginez les enclaves serbes ou les sanctuaires orthodoxes sous la "protection" de l'UCK en nouvel uniforme de police et absoute de tous ses crimes... Jiri Dienstbier, rapporteur des Nations-Unies, sera le premier haut fonctionnaire international à dénoncer cette situation, en remettant à Genève un texte accablant sur la gestion du proconsul Kouchner après les émeutes de mars 2000 qui embrasèrent le Kosovo, la vallée de Presevo, et une partie de la Macédoine. (7) Trois mois après l'arrivée du droit-de-l'hommiste intégriste, on dénombrait 423 Serbes assassinés, 458 kidnappés qui n'étaient probablement plus en vie, et 76 sanctuaires orthodoxes rasés, selon le décompte soigneusement tenu par l'Eglise orthodoxe serbe. Le Général Klaus Reinhardt, commandant allemand de la KFOR, accablé, comparera le désastre à la "Nuit de cristal" hitlérienne, devant un Kouchner incrédule. A ceci près qu'avec jusqu'à 50 meurtres par semaine courant juillet 1999, la Nuit de cristal, c'était tous les jours. Les derniers Serbes du rêve multiethnique kouchnérien habitent depuis lors des enclaves minuscules d'où ils ne peuvent sortir sans risquer leur vie, n'ont plus de travail du fait de leur confinement, et survivent cloîtrés chez eux sans le moindre service public, qu'il s'agisse de l'électricité, qui fonctionne deux heures par jour ou de l'accès aux soins médicaux : se rendre à l'hôpital sans escorte militaire est impensable. Voilà le bilan de Bernard Kouchner et de son ingérence "humanitaire". En esthète, il peut contempler son uvre : un Kosovo livré à la loi du Kanun qu'il goûte tant. Les pivoines du Champ des merles n'ont pas fini de rougir sur cette terre gorgée de sang.
Et moi, et moi, et moi...
Alors, Bernard Kouchner, une vie au service des autres ? Non. Charité bien ordonnée commence par soi-même. Il se sculpte sa propre statue pour la postérité, se faisant, "dans un coin de la fortune publique, sa fortune privée" (8). Par ces quelques lignes, je l'ai aidé un peu. C'est moins flatteur, mais plus ressemblant.
(1) Michel Floquet, Bertrand Coq, "Les tribulations de Bernard K. en Yougoslavie ou l'imposture humanitaire" Editions Albin Michel, 1993, p. 51
(2) Michel Collon, "Poker menteur. Les grandes puissances, la Yougoslavie, et les prochaines guerres", Ed. EPO, 1998, p. 34-35.
(3) Vladimir Vukadinovic, avocat à la Cour de Paris, "Le mur de Sarajevo, les Serbes face à la justice française" Editions l'Age d'Homme, 1995, p. 51 à 72.
(4) http://www.freewarriors.org/editorial31.htm "Les aventures de Total Kouchner en Birmanie".
(5) David Mathieu, "Bombe et bobards : propagande, bourrage de crâne, mensonges et manipulations de la guerre du Kosovo" , Editions l'Age d'Homme, 2000, p. 16 et p. 18
(6) Bernard Kouchner, "Les guerriers de la paix., Du Kosovo à l'Irak", Le Livre de Poche, 2004
(7) Cf. B. I. (Balkans-Infos) n°44, mai 2000.
(8) Victor Hugo, "Ruy Blas" , Editions GF-Flammarion.
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