n°  172   ( Janvier 2012 )  
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  NUAGES SOMBRES SUR L’ANNÉE 2012
La fin de l’année est le moment où l’on s’interroge sur ce que la nouvelle année vous réserve. Pour le savoir, rien de mieux qu’une fouille dans les projets cachés de nos dirigeants.
Pourquoi “cachés“ ? Parce que leurs propos officiels, calculés pour endormir le public, sont trop éloignés de la réalité pour permettre des prévisions vraisemblables. Si l’on veut avoir une chance d’être plus crédible que Madame Soleil ou la mère Tessier, il faut passer derrière le mur du mensonge et essayer de deviner ce qu’ils mijotent vraiment.
Sarkozy d’abord. Tout le monde sait qu’il est capable de dire n’importe quoi sur n’importe quel sujet. Mais c’est une intelligence de singe. Copieur de ce qui l’impressionne au hasard du vent. Incapable de suivre une ligne propre sans tituber d’un bord à l’autre, il lui faut un modèle. Au début de son mandat, il était le porte-parole de Bush ; hier il jouait le conquérant de la Libye derrière Cameron, aujourd’hui il est le commis voyageur de Merkel. En façade, son credo, c’est l’ambulance européenne remplie de remèdes frelatés : abandons de souverainetés nationales, contrôles budgétaires, austérité imposée aux peuples, fausses économies, nouvelles dettes, pérennité du pouvoir des banques, etc. Un fourre-tout en trompe-l’œil à l’usage du badaud. Du sparadrap sur le cancer financier.
Au passage, on peut souligner l’incohérence du traitement. D’un côté, on défend passionnément le capitalisme débridé de la liberté de la concurrence et du pouvoir absolu des marchés ; de l’autre, on veut corseter l’économie en l’encadrant juridiquement par la “règle d’or“ de l’équilibre budgétaire et le dirigisme de la politique d’austérité. C’est ce que Walter Röpke appelle, d’un oxymore amusant, “l’interventionnisme libéral“. On n’en est pas à une contradiction près.
Cela dit, ce qui nous intéresse, c’est que son absence de créativité et de vision d’envergure n’empêche pas Sarkozy de peaufiner in petto la tactique de ses petites ambitions. Son raisonnement st simple : maintenons l’angoisse de voir chuter l’euro et chavirer les banques qui détiennent nos économies ; devant cet effrayant danger, il faut agir vite pour éviter le désastre ; les mesures décidées avec Angela doivent être présentées comme le dernier espoir du naufragé ; elles nous vaudront un petit répit (j’espère jusqu’à ma réélection) ; j’apparaîtrai comme leur lumineux initiateur et donc le sauveur génial de l’économie européenne.
Ce qui est grave, ce n’est pas l’indigence de cette feuille de route. C’est le fait que nos grands médias aux ordres vont s’y conformer. C’est-à-dire entretenir l’énorme mensonge de la misère des banques et de la nécessité d’étrangler les contribuables. Alimenter la terreur d’un effondrement général pour permettre l’application de la rigueur. On va continuer à nous expliquer, en dramatisant la situation, qu’il faut à tout prix trouver de l’argent (c’est-à-dire saigner les peuples) alors qu’il y en a beaucoup de disponible à condition d’en cesser le gaspillage et de l’empocher là où il est. Mais ça, personne ne va vous le dire. C’est le grand tabou. Aucun foudroyant expert de la TV, de la radio ou de la presse – aucun politicien non plus – ne va énumérer les véritables décisions qu’il faudrait prendre : rendre à la Banque de France le droit de prêter à l’Etat à taux zéro (c’est-à-dire annuler la fatale interdiction pompidolienne du 3 janvier 1973) ; refuser de payer les intérêts de la dette et renégocier son montant ; mettre un terme aux coûteuses OPEX (opérations extérieures) de guerre et d’occupation ; sortir de l’OTAN ; poursuivre efficacement les fraudeurs en tous genres et supprimer les niches fiscales ; imposer la taxe Tobin sur les transactions financières ; taxer les grande fortunes de façon sérieuse (rappelons qu’aux Etats-Unis elles l’ont été jusqu’à 90 %) ; ranimer une séparation des banques de dépôt et des banques de spéculation dans le style de la loi Glass-Steagall ; prélever un impôt sur le colossal marché de l’art ; envoyer à la casse les agences de notation ; retrouver l’indépendance nationale face à l’usine à gaz européenne, etc. Il y a là des milliards à récupérer ou a ne pas jeter par la fenêtre. Des milliards à prendre aux riches, pas aux pauvres.
Nous avons évoqué ce que nous promet pour 2012 le bagage mental du Tartarin de l’Elysée et de ses médias standardisés. Le petit bout français de la lorgnette.
Beaucoup plus inquiétant est ce qui se passe dans la tête des leaders mondiaux. Au vu de nombreux signaux d’alarme, on peut craindre que certains d’entre eux préparent sciemment l’explosion de la Troisième guerre mondiale. En premier lieu à Washington.
Chacun sait que la guerre est la solution finale de la crise économique. Après avoir tout détruit, on a la fructueuse obligation de tout reconstruire. Non seulement le conflit enrichit ceux qui en profitent (les industries d’armement, par exemple, et tous les trafiquants), mais sa fin ouvre d’immenses et joyeuses perspectives de renouveau. De quoi tenter quelques esprits tordus. Et à quoi s’ajoute le malthusianisme de ceux qui trouvent que le monde est trop peuplé pour les ressources disponibles, et qui ne voient pas d’un mauvais œil la disparition de quelques millions d’êtres humains superflus.
Les hautes autorités de l’impérialisme américain ont manifesté assez de cynisme et d’irresponsabilité au cours des dernières décennies pour que ce genre d’hypothèse ne soit pas une TDC (théorie du complot). Et leurs actes parlent d’eux-mêmes. L’encerclement militaire de la Russie. La multiplication de bases autour de la Chine. Le renforcement de forces US dans le Golfe. Le déclenchement de guerres dans les Balkans, en Irak, en Afghanistan et en Libye. La menace d’agression pesant sur la Syrie et l’Iran. Le soutien des révolutions de couleur en Asie centrale. Le perfectionnement d’armes nouvelles aux Etats-Unis. La fabrication répétée d’Etats musulmans qu’on espère tenir en main, et qui peuvent servir à la création d’incidents justifiant une intervention. Tout un arsenal stratégique qui évoque la fantasmagorie offensive du Dr Folamour.
Là aussi les médias font écho. Les campagnes se sont succédées, de plus en plus virulentes. “Démocratique » contre l’ex-Yougoslavie, “libératrice“ contre l’Irak et l’Afghanistan, tchétchène contre la Russie, tibétaine contre la Chine, “humanitaire“ contre la Syrie et la Libye, droitdel’hommiste contre l’Iran, antidictatoriales en Asie ou en Amérique Latine. Elles se poursuivent avec un dénigrement accentué de Poutine, la mise au pilori de Bashar Al Assad, la dénonciation de plus en plus vive des visées nucléaires de Téhéran et la critique durcie de la politique monétaire de Beijing. Incidemment, à propos de la croissance de la russophobie, on peut noter là aussi une jolie incohérence : d’un côté, on se félicite bruyamment du recul du parti Russie Unie lors des dernières élections ; de l’autre, on dénonce la tyrannie de Poutine et le trucage du scrutin. Faudrait savoir. Ou on encense le succès de l’opposition, ou on prétend qu’elle ne peut pas s’exprimer. Difficile d’être plus faux jeton. Clamer les deux à la fois n’est qu’une preuve de partialité et de mauvaise foi.
Tout cela n’est pas rassurant. Et Il est probable que ça continuera de plus belle en 2012. Jusqu’à ce que…
Jusqu’à quoi ? On a peine à croire que des hommes soient assez fous pour préparer l’apocalypse.
Mais l’expérience démontre que la réalité peut nous échapper. Le simple assassinat d’un noble autrichien a provoqué une guerre mondiale. Et les foyers de troubles sont aujourd’hui suffisamment nombreux pour que la moindre étincelle puisse enflammer la planète par un terrible effet de dominos. Certains hauts responsables le savent, et s’ils ne jettent pas eux-mêmes la flammèche, ils peuvent être assez déments pour envisager sans déplaisir la propagation de l’incendie
Nous avons imaginé le sordide calcul électoral de Sarkozy, et la sinistre anticipation belliciste de quelques traîneurs de sabres occidentaux. Avec leurs relais dans les médias endoctrinés et dociles. Il nous reste à décrire la réalité. Dans notre Occident, elle est dominée par le gouffre qui se creuse tous les jours davantage entre les peuples et leurs dirigeants. Les peuples, aux abois et irrités, commencent à en avoir assez d’être dupés ; les dirigeants, hypocrites et aveugles, s’enferrent dans le maintien d’un capitalisme pourrissant et d’une hégémonie US insupportable.
Les camelots à notre tête continueront à vouloir nous faire avaler leurs balivernes. Qu’ils prennent garde. L’indigestion risque de faire du dégât.
Louis DALMAS

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