Préface et avant-propos du livre
« Le procès Milosevic ou l'inculpation du peuple serbe »
de Patrick BARRIOT et Éve CRÉPIN
Préface de Pierre-Marie GALLOIS
Avant-propos de Slobodan MILOSEVIC
PRÉFACE
Général Pierre Marie Gallois

    A lui seul ce surprenant dialogue entre le président Milosevic et le médecin colonel Patrick Barriot rend compte de toutes les conditions dans lesquelles a été planifiée, provoquée, conduite, la guerre civile destinée à détruire la République yougoslave afin de lui substituer des États ethniquement homogènes, faibles et dociles, aptes à devenir les provinces d'une future Europe politique.
    Le lecteur sera confondu à la fois par l'intelligence des questions posées par le président Milosevic et par les réponses de Patrick Barriot, témoin des événements, usant d'une si riche et si précise documentation que l'ampleur du drame des Balkans est exposée dans ses moindres détails.
    Après avoir lu ces pages on ne pourra plus contester les divers témoignages antérieurs qui tentaient de révéler à l'opinion publique les procédés utilisés par les " Occidentaux ", entendez l'Allemagne, les États- Unis, leurs alliés européens, pour en arriver à agresser militairement la Serbie et à créer dans les Balkans des pouvoirs politiques complaisants, maniables et, concession à l'Islam pétrolier, ériger un État musulman nouveau et en renforcer un autre… Le dialogue confirme ce que l'on savait, et surtout ce que l'on soupçonnait, du comportement des agresseurs: les manipulations préalables allemandes, les interventions d'abord discrètes,
puis fracassantes, des États-Unis, l'organisation et l'extension de la désinformation satanisant le peuple serbe par une avalanche de mensonges, les tromperies du parti musulman, les violations du droit international par ceux qui s'en réclament les gardiens. Et aussi les " Occidentaux " se fourvoyant dans le soutien et l'armement des volontaires musulmans afin qu'ils combattent les Serbes pour constater, trois ou quatre ans plus tard, qu'ils avaient pris le parti des terroristes et que ceux-ci s'étaient ainsi entraînés à s'en prendre à ces mêmes " Occidentaux ".
    Le dialogue rapporté par Patrick Barriot et Eve Crépin montre que lors de la crise des Balkans, les " Occidentaux " se sont conduits avec le même machiavélisme, la même brutalité et la même inhumanité que les pires
dictatures. C'est là une triste révélation.
    Certes, de puissants intérêts les animaient, tout au moins les Allemands et les Américains, qui furent les principaux acteurs des hostilités et de " l'ordre nouveau ", c'est-à-dire du chaos instauré dans les Balkans.
    L'Allemagne d'abord, chronologiquement la première engagée sur le front yougoslave. Elle a été, en effet, l'inspiratrice de la coalition et sera la principale bénéficiaire des résultats du conflit.
Quel que soit leur régime politique, pendant 70 ans, les Allemands ont été obsédés par l'idée d'effacer les traces matérielles de leur défaite, à commencer par les dispositions du Traité de Versailles et celles des Traités de Saint-Germain (septembre 1919) et de Trianon (juin 1920), relatives au démembrement de l'empire des Habsbourg, donc à la création d'un État yougoslave. Aussitôt qu'eut été signé en octobre 1929, à Locarno, le pacte rhénan déclarant que les frontières fixées par les traités précités étaient inviolables, Berlin commença à réclamer l'abolition des autres clauses de ce que les Allemands appelaient le Diktat, c'est-à-dire qu'ils revendiquaient Memel, Danzig, la Sarre et l'évacuation par les forces d'occupation de la Rhénanie.
    Mais d'autres objectifs avaient également été visés par MM. Kohl et Genscher:
    - Se venger de l'opposition du peuple serbe aux prétentions hégémoniques de Guillaume II et de Hitler. Au cours de la Seconde Guerre mondiale, la résistance des Serbes a obligé la Wehrmacht et la Luftwaffe à déployer d'importantes unités - ultérieurement relayées par l'Italie - dans les Balkans. Ces forces terrestres et aériennes auraient été bien utiles sur le front russe, notamment lors du siège de Stalingrad. Cette décisive contribution des Serbes à la victoire finale des Alliés, l'Allemagne ne la leur pardonnera pas.
    - En dépit des succès industriels et commerciaux, au début des années 90 l'Allemagne avait à résoudre de graves problèmes financiers. La réunification lui coûtait fort cher et il ne lui était pas indifférent d'élargir son marché en rattachant Croatie et Slovénie à la Communauté économique européenne, c'est-à-dire, en raison de la position géographique de ces deux républiques, à l'Allemagne.
    - Enfin, rêvant à une Europe fédérale dont Bruxelles serait nominalement la capitale mais où le pouvoir réel serait à Berlin, le gouvernement allemand avait intérêt à fractionner la Yougoslavie, à lui substituer une demi-douzaine de petits États, aux moyens limités, afin qu'ils deviennent tout naturellement les provinces de cette Europe-État fédéral.
     Ajoutons que la crise des Balkans a aussi été l'occasion pour l'Allemagne de jouer militairement un rôle international. Renonçant au pacifisme militant qu'on y affichait, elle n'a pas seulement ravitaillé en armes les Croates et les Bosniaques musulmans mais aussi participé aux opérations aériennes des coalisés.
    Si, initialement, les États-Unis n'entendaient pas intervenir militairement dans les Balkans, le dialogue Milosevic-Barriot prouve que le Département d'État avait pris le parti de l'Allemagne, entraînant la Grande-Bretagne dans son sillage. C'est-à-dire que toutes les grandes puissances de l'Alliance atlantique se sont associées à la politique balkanique de l'Allemagne, l'une d'entre elles. Faute de pouvoir compter toujours sur l'ONU pour mener à bien l'entreprise de démantèlement de la Yougoslavie, les coalisés invoqueront les décisions du Conseil atlantique censé, en l'occurrence, exprimer les voeux de la Communauté internationale. Ce qui, à l'évidence n'était pas le cas. Cependant, si en mai 1992 l'ONU a approuvé le texte de la Résolution 757 plaçant la Yougoslavie sous embargo commercial, pétrolier, aérien, c'était avec l'accord des États-Unis, bien qu'ils ne dussent pas ignorer que se poursuivait, au profit de la Croatie, le trafic d'armes (celles provenant d'Allemagne de l'Est, en particulier).
    Les services de renseignements des États-Unis ont dû, de même, savoir quelle était l'origine du projectile qui explosa au marché de Markale, à Sarajevo. Et aussi la pratique qu'avaient les combattants d'Izetbegovic de frapper les coalisés et aussi ses personnels afin d'accuser les Serbes et de provoquer à leur encontre de sévères sanctions. Les généraux britanniques en rendirent compte mais leurs témoignages furent délibérément ignorés.
    En février 1994, après l'attentat de Markale, la France frappée de débilité politique crut bon de solliciter les États-Unis pour qu'ils interviennent dans les Balkans. Notre pays s'est alors retourné contre ses fidèles alliés pour soutenir les Croates et les Bosniaques musulmans qui, durant la Seconde Guerre mondiale, avaient fait cause commune avec le IIIe Reich. Mais Paris entendait demeurer à la remorque de Bonn/Berlin.
    Washington prit la direction des opérations, les contingents armés des coalisés européens passant sous commandement américain. Pour masquer, au moins partiellement, cet engagement militaire, le Pentagone eut recours aux services d'une organisation paramilitaire, l'entreprise Military Professional Resources Incorporated appliquant un Programme d'assistance démocratique, cette " assistance " aboutissant au bombardement de la Serbie et à la destruction de son infrastructure économique et industrielle.
    Si l'Allemagne, on l'a vu, visait des objectifs bien définis, favorables à ses intérêts, les États-Unis en avaient également:
    - Démontrer aux alliés européens qu'ils étaient incapables de régler eux-mêmes, une fois de plus, leurs querelles internes et que le recours aux États-Unis, en l'occurrence à l'OTAN, leur était indispensable.
    - Exploiter les difficultés de Boris Eltsine cherchant à faire passer son pays de l'économie planifiée à l'économie de marché, Moscou n'étant pas en mesure de porter secours aux frères orthodoxes.
    - Installer des forces armées dans les Balkans, particulièrement au sud, près des rivages de la Méditerranée orientale. Et aussi être présents sur le parcours d'un éventuel oléoduc amenant au littoral de l'Adriatique le pétrole de la Caspienne.
    - Par le biais de la création d'une fédération croato-musulmane en venir à la mise sur pied d'un nouvel État à dominante musulmane dans les Balkans, dans le même temps qu'était renforcée, au détriment de Belgrade, l'Albanie musulmane. Ainsi, Washington prouvait aux pays musulmans que les États-Unis n'étaient pas, seulement, les soutiens de l'État d'Israël mais aussi les amis et les protecteurs des États islamiques.
    Pour atteindre leurs objectifs, Berlin et Washington ont eu recours à des procédés qu'ils auraient violemment critiqués s'ils avaient été utilisés contre eux. Entre autres comportements voisins de ceux pratiqués en leur temps par Hitler ou Staline, celui de madame Albright, secrétaire d'État, à Rambouillet, a montré que la " diplomatie " américaine sait, parfois, être dénuée de tout scrupule. Et c'est à l'honneur du président Milosevic que d'avoir rejeté les humiliantes exigences formulées intentionnellement pour obliger le dirigeant serbe au refus. Ce qui devait permettre de l'accuser de saborder la paix et… de bombarder la Serbie.
    Le démantèlement de la Yougoslavie a donné des idées au Département d'État. Dans une large mesure les événements des Balkans ont été le laboratoire où expérimenter, à l'âge de l'atome, d'autres procédés de coercition au service de la politique étrangère des États-Unis.
    D'abord diaboliser la future victime par la désinformation, la propagation de toutes sortes de calomnies en formulant des accusations imaginaires. Puis par le blocus économique, plonger la population du pays à abattre dans la misère. L'objectif est de la dresser contre ses dirigeants et aussi de la rendre plus vulnérable à l'épreuve de force qui doit suivre.
Passer ensuite aux armes et bombarder, détruire l'infrastructure économique afin de retarder toute entreprise de rapide réhabilitation. Enfin, dernière phase: occuper le territoire ravagé et y acheter les consciences en spéculant sur le dénuement de sa population et instaurer un régime politique convenant au vainqueur. Tandis que cette politique était expérimentée dans les Balkans, elle commençait aussi à être appliquée en Irak. Et sous le couvert fallacieux d'excellentes intentions, puisqu'il s'était agi d'apporter la démocratie aux peuples ainsi martyrisés.
    Si la France a oublié les leçons de mai 1968, les experts d'outre-Atlantique, en revanche, ont su tirer parti de l'endoctrinement des étudiants, et plus généralement, des adolescents et jeunes gens. Dans un pays ruiné par le blocus économique et dévasté par les bombardements, ils sont sans espoir et il est relativement aisé des les embrigader dans des mouvements politiques d'opposition. De modestes subsides y suffisent. Ce fut le cas, en Yougoslavie, avec le mouvement OTPOR. La formule aboutit aux résultats qu'en attendaient ses instigateurs et elle fut, par la suite, utilisée en Géorgie et en Ukraine pour s'attaquer au régime en place par trop tourné vers Moscou.
    Ces tristes constats expliquent la création du Tribunal Pénal International pour l'ex-Yougoslavie, en fait arme de guerre mise sur pied arbitrairement, financé initialement par des fonds privés et décidé en 1993 par le Conseil de Sécurité alors qu'il aurait dû l'être par l'Assemblée générale et ratifié par les États signataires. Après avoir lu les pages rédigées par le médecin colonel Barriot et Eve Crépin, l'on comprendra que le procès qui est fait au président Milosevic n'a d'autre objet que de détourner l'attention sur la conduite des opérations - d'ailleurs en retenant des faits intentionnellement tronqués ou faux - en ignorant la responsabilité des gouvernements qui ont planifié et provoqué cette guerre civile en espérant en tirer profit. Il est désormais impossible aux États impliqués dans le démantèlement de la Yougoslavie, qui se disent les plus vertueux, de continuer à donner au reste du monde des leçons de morale politique.
AVANT-PROPOS
Slobodan MILOSEVIC

    Lorsque nous nous rencontrâmes pour la première fois à Scheveningen, à l'occasion des préparatifs de leur déposition, voici comment Mlle Eve Crépin et le colonel Patrick Barriot m'ont expliqué l'origine de leur amitié à l'égard du peuple serbe : " Lorsque nous sommes arrivés en Krajina comme Casques bleus, nous étions nous aussi soumis à la propagande antiserbe de l'Occident et n'étions pas sans préjugés. Mais nous eûmes bientôt compris que la vérité était tout autre et que l'on était en train de commettre une grande injustice à l'encontre du peuple serbe. " Après la fin de leur mandat au sein de la FORPRONU, Eve et Patrick sont régulièrement revenus en ex-Yougoslavie pour aider les Serbes et les autres peuples qui vivent aux côtés des Serbes. Bref, ils sont devenus des amis sincères, fidèles et dévoués du peuple serbe.
    L'exemple d'Eve Crépin et de Patrick Barriot donne une image extraordinairement symbolique et frappante de l'époque et de la situation où le peuple serbe se retrouve aujourd'hui : être, aujourd'hui, un ami des Serbes, surtout en Occident où ces amis sont peu nombreux, cela revient à être un ami de la vérité et de la justice.
    Et pas seulement cela. Après des années de souffrances infligées par la guerre et d'isolement au moyen du " mur intérieur et extérieur " des sanctions économiques, le peuple serbe demeure l'objet d'un double encerclement, plus dur et plus funeste que le seul blocus économique. Il est entouré d'une muraille de mensonge et d'une muraille de peur. Pour percer ce premier cercle, créé par les puissants médias occidentaux et leurs cupides auxiliaires serbes, il faut - en particulier lorsqu'on est soi-même occidental - non seulement de l'honnêteté, de l'intelligence et de la perspicacité, mais également la volonté de penser par sa propre tête, une faculté qui, pour le plus grand malheur de l'humanité, est en train de laisser la place à des chablons médiatiques bien calibrés. De manière générale, la vérité est aujourd'hui devenue la proie des puissants de ce monde, et le déni de vérité constitue le premier pas vers l'abolition de la liberté des peuples et des hommes sur la planète entière.
    Pour fendre l'autre cercle, le cercle de la peur, il faut un grand courage et une résolution à tenir bon face aux pressions, aux menaces et aux châtiments, c'est-à-dire à subir très précisément le sort que Eve Crépin et Patrick Barriot ont dû subir dans leur propre pays. Connaître des gens qui possèdent de telles vertus, avoir des amis tels que Eve Crépin et Patrick Barriot, c'est un grand privilège. La grandeur de ce privilège, beaucoup de Serbes et d'amis des Serbes ont pu l'éprouver s'ils ont suivi à la télévision ou dans la salle du dénommé " Tribunal de La Haye ", en janvier 2005, le témoignage véridique, net, sûr et inflexible d'Eve et de Patrick.
    En revanche, avoir des gens comme Eve et Patrick pour adversaires, voilà qui est un handicap considérable. Je dis expressément adversaires plutôt qu'ennemis, car l'inimitié n'est pas dans la nature de ces deux Français, qui ne peuvent être opposés qu'à ceux qui, d'eux-mêmes, font d'eux leurs adversaires. Ce que signifie avoir Eve et Patrick pour adversaires, nul ne l'a mieux senti que Carla Del Ponte, qui, après avoir régulièrement assisté à toutes les dépositions des témoins de la défense précédant les leurs, avait décidé de contre-interroger personnellement ces deux témoins en français, langue qui lui est familière et qui est leur langue maternelle. Confrontée à l'honnêteté, au courage et à l'intelligence de cette femme d'apparence frêle qu'est Eve, et qui lui est de tous points de vue diamétralement opposée, la prétentieuse " procureure " est tombée très rapidement dans un état de confusion totale, emmêlant ses notions et ses preuves, procurant au public quelque peu abasourdi un divertissement inopiné. Mais dans la confrontation avec la parole de vérité imperturbable du colonel Barriot, ce qui devait être un contre-interrogatoire s'est bientôt transformé en une effusion d'hystérie incontrôlée. Après les témoignages d'Eve Crépin et de Patrick Barriot, Carla Del Ponte ne s'est plus jamais montrée, pas même en observateur, sur les lieux de sa défaite, la salle n° 1 du dénommé " Tribunal de La Haye ", laissant à son collègue Nice le soin de s'empêtrer tout seul dans ses contre-vérités devant les témoins ultérieurs.
    La publication du témoignage d'Eve Crépin et de Patrick Barriot est importante à plus d'un titre. Il est très important qu'un large cercle de lecteurs, en France et dans d'autres pays, puisse ainsi découvrir la vérité sur les événements et les processus se déroulant en ex-Yougoslavie, choses sur lesquelles Eve Crépin et Patrick Barriot possèdent une connaissance directe. Peut-être plus important encore est l'exemple de courage et de résolution dont Eve Crépin et Patrick Barriot ont en l'occurrence fait preuve dans leur lutte pour la vérité et la justice. Mais le plus important sans doute, c'est le message et l'enseignement que nous délivrent les dépositions à La Haye de ces deux Français : à savoir, que les mensonges et la malhonnêteté sont impuissants, misérables et condamnés à l'échec face à la vérité et à l'honnêteté. Un jour, lorsqu'ils sauront la pleine vérité sur les événements qui ont secoué les Balkans durant la dernière décennie du XXe siècle, les Français, ce grand peuple, seront à coup sûr fiers de compter parmi les leurs des gens comme Eve Crépin et Patrick Barriot. Autant que nous autres, Serbes, sommes fiers de les avoir pour amis.
A La Haye, en 2005.

Le VERJUS





Le plus petit des
grands journaux
et le plus grand
des petits journaux