Notre exposition de dessins d'enfants du Kosovo a été un succès

Le 2 juin dernier s’est achevée l’exposition de dessins d’enfants du Kosovo, ouverte le 26 mai dans le Centre de Russie pour la science et la culture de Paris, grâce au généreux soutien de S. E. l’Ambassadeur de la Fédération de Russie, M. Alexandre Orlov, qui avait mis ces superbes locaux à la disposition de l’association Vérité et Justice, et qu’il faut chaleureusement remercier.
Cette exposition, organisée par deux associations humanitaires – Vérité et Justice, présidée par Louis Dalmas, et Solidarité-Kosovo, présidée par Arnaud Borella-Gouillon – a montré au public un choix de 51 dessins d’enfants de 7 à 14 ans, résultant d’un concours organisé dans les enclaves serbes du Kosovo par la Société de l’amitié serbo-russe de Mme Ivana Zigon. Elle a révélé de façon bouleversante comment une génération entière a été traumatisée par la guerre et souffre aujourd’hui de misérables conditions d’existence dans des ghettos.

Une histoire mouvementée

L’exposition a connu une histoire mouvementée. Quatre années de recherches, allant d’endroits peu appropriés à des salles trop chères pour le budget disponible, n’avaient donné aucun résultat.
Finalement, en février 2009, la mairie du 17e arrondissement de Paris a accepté de l’héberger. Mais, le jour même de son ouverture, alors que les dessins étaient tous déjà accrochés aux murs, Mme la maire Brigitte Kuster, fidèle à la vulgate antiserbe de ces dernières années, a soudain décidé de l’interdire, alléguant qu’elle y voyait une opération de propagande politique et causant un grave préjudice financier aux deux associations.
Nous avons publié le récit de cette honteuse interdiction dans le n° 141 (mars 2009) de B. I.

Une victoire humanitaire

Alors que les organisateurs désespéraient de pouvoir réaliser leur projet, l’exposition a été accueillie par nos amis russes dans le centre dirigé par M. Igor Shpynov, qu’il faut aussi remercier pour sa cordiale et efficace hospitalité.
Pendant une semaine, de nombreux visiteurs sont venus témoigner de la solidité de l’amitié franco-serbo-russe, et soutenir le travail de solidarité des deux associations. Un livre d’or a recueilli un grand nombre de commentaires émus qui seront communiqués aux enfants et à leurs familles. Le point d’orgue de la manifestation a été, le 28 mai, une journée de dédicaces par plusieurs auteurs de livres sur les événements de la dernière décennie en ex-Yougoslavie, et une soirée de conférence-débat, en présence de hauts représentants de la diplomatie russe et serbe, à laquelle ont participé des personnalités russes et françaises.
La réplique à la censure antiserbe de Mme Kuster a montré avec succès qu’une entreprise humanitaire pouvait surmonter les préjugés et les partis pris. L’exposition de ces dessins d’enfants, reflétant une réalité atroce au cœur de l’Europe moderne et devenue un symbole d’union et de fraternité entre l’Ouest et l’Est, se tiendra à nouveau. Les deux associations prévoient déjà de l’organiser ailleurs à Paris et en France, et étudient des possibilités qui se présentent en Belgique et en Suisse.

 

Le public dans...

...les deux salles...

...de l’exposition.
 

Louis Dalmas accueille le public lors du vernissage du 28 mai
De g. à dr. : Igor Shpynov, directeur du Centre culturel russe,
Louis Dalmas, Ivanka Mikitch, directrice de l’expo, Arnaud Borella et
Mikhail Yakovlev, ministre conseiller et représentant de l’ambassadeur.
 

La tribune lors de la conférence-débat du 28 mai, consacrée aux “enjeux des Balkans au XXIe siècle”. De g. à dr., l’interprète à la droite de Natalia Narotchniskaia (qui s’est exprimée en russe), présidente de l’Institut pour la démocratie et la coopération ; Louis Dalmas, modérateur de la séance ; John Laughland, directeur des études de l’Institut ; Arnaud Borella, qui a parlé au nom de Solidarité-Kosovo et Frédéric Saillot, membre du comité de rédaction de B. I., qui a parlé au nom de Vérité et Justice.
 

Ivanka Mikitch, directrice de l’exposition
 

Louis Dalmas, président de “Vérité et Justice”, organisateur de l’exposition
 

Arnaud Borella, président de “Solidarité-Kosovo”, co-organisateur de l’exposition.
 
Le catalogue des 51 dessins exposés
 
 
Télécharger le catalogue des dessins en PDF (5 Mo)
 
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Les reproductions de ces dessins sont tous en vente, au profit de l’association “Vérité et Justice”.

Chaque reproduction vaut 40 euros, frais d’envoi inclus. De format 30 x 40 cm, elle est envoyée non encadrée en rouleau dans un tube cartonné. En raison de la période des vacances, le délai d’envoi par la poste est d’environ un mois à dater de la réception de la commande.

N’oubliez pas d’indiquer dans votre commande le numéro du dessin choisi.

Le règlement peut se faire directement par chèque libellé au nom de “Vérité et Justice” et envoyé à CAP 8, BP 391, 75869 Paris cedex 18,
ou par versement par Paypal au compte de CAP 8 (très prochainement disponible).
 
UN MESSAGE BOULEVERSANT
par Frédéric Saillot
Discours prononcé le soir de la conference-débat
Je voudrais tout d'abord remercier l'Institut Culturel de Russie pour avoir donné asile, je serais même tenté de dire d'avoir accordé le droit d'asile, à cette exposition de dessins des enfants serbes du Kosovo.
Madame Brigitte Kuster, la maire du 17e arrondissement qui a censuré notre exposition en février, s’est alarmée du caractère “politique” de ces dessins. On peut s'étonner de sa naïveté, réelle ou feinte : ces enfants ne devraient pas faire de politique alors même qu'ils sont plongés, eux comme leurs parents, dans une situation éminemment politique, dans une situation politique éminemment complexe, comme l'est celle du Kosovo aujourd'hui.
L'un de ces dessins représente un soldat de la KFOR – cette mission de l'OTAN qui est censée assurer la sécurité au Kosovo, suite aux bombardements auxquels elle a procédé entre mars et juin 99 et suite au retrait des forces serbes, cette mission qui est censée assurer la paix.
La force de ce dessin tient à ce qu'il joue sur la signification d'un symbole, alors que la plupart des autres dessins de l'exposition sont des représentations directes, telles que les enfants les ont vues ou se les sont imaginées, des émeutes de mars 2004, qui, aux dires des témoins, ont été d'une violence inouïe.
On y voit en effet une colombe, symbole de la paix, tenue par un fil à la patte par un soldat de la KFOR. Ce soldat de l'OTAN qui n'est pas exactement un soldat de la paix comme le sont les casques bleus de l'ONU, n'est pas représenté dans une posture agressive, comme il aurait pu l'être après tout par un enfant serbe dont le pays a été agressé par les bombardements d'une violence extrême, trois longs mois durant, perpétrés par cette même OTAN, qui ont irrémédiablement marqué sa petite enfance. Non, ce soldat de la KFOR est représenté dans une posture correspondant à sa mission actuelle : assurer la sécurité des habitants du Kosovo sous mandat de l'ONU, assurer la paix.
Seulement voilà, la paix est tenue en laisse, elle est bridée, son envol est entravé. Dès lors un soupçon vient subtilement se glisser dans l'esprit du spectateur, et c'est peut-être ce qui a incommodé Mme Kuster : qu'un enfant serbe fasse de la politique et qu'il jette un regard subtilement critique sur la mission de nos soldats, qui participent à cette mission de "sécurisation".
L'ambiguïté de la mission de nos soldats, telle que la perçoivent les enfants serbes du Kosovo avec leurs yeux d'enfants – ce regard d'enfant qui gêne tant – est suggérée dans un autre dessin, celui où l'on voit une représentation directe des violences perpétrées : un Serbe, un seul Serbe, en costume traditionnel, avec cet espèce de calot caractéristique sur la tête, est pourchassé par une bande d'Albanais auxquels l'artiste a prêté l'aspect de skinheads, armés de pistolets et de couteaux. L'ensemble se précipite vers la gauche du dessin où les attend un soldat, seul lui aussi. Devant un drapeau américain, il se contente de présenter un panneau "Stop" aussi bien au fuyard qu'aux émeutiers qui le poursuivent. L'ambiguïté, là, joue aussi bien sur les moyens dérisoires engagés par l'OTAN pour assurer la sécurité des populations au Kosovo que sur la destination du panneau "Stop" : à qui s'adresse-t-il ? Au fuyard serbe ou eux émeutiers albanais qui le poursuivent?
Il y a là la suggestion de non-assistance à personne en danger en même temps que l'expression du profond malaise que vivent les enfants serbes dans la situation qui est la leur : celle d'une insécurité fondamentale, essentielle, alors que l'OTAN est au Kosovo en lieu et place des forces de sécurité serbes, dont le retour dans la province est pourtant prévu par la résolution 1244 de l'ONU (1), qui a mis un terme à l'agression de l'OTAN en définissant les limites de la mission internationale et en reconnaissant la souveraineté de la Serbie sur sa province du Kosovo.
Rappelons que des Serbes en situation isolée ont subi les exactions des émeutiers albanais dans tout le Kosovo: à Gnjilane, à Lipljan, à Strpce, à Kosovo Polje et à Mitrovica.
Les enfants serbes – et les enfants roms, ne les oublions pas – ne ressentent donc pas ce sentiment de sécurité auquel devraient avoir droit tous les enfants du monde – ce n'est malheureusement pas le cas – en tous cas auquel ont droit les enfants européens, et ils l'expriment dans leurs dessins, et c'est sans doute cela qui est insupportable à ceux qui devraient aller faire un tour au Kosovo dans les enclaves serbes. Quel beau mot que celui d'enclave, utilisé pour dé-signer ces véritables ghettos où vivent les Serbes et les Roms du Kosovo ! Un mot qui signifie l'enfermement auquel ils sont condamnés dans leur propre pays, situation pour le moins paradoxale, et paradoxalement entretenue par des forces armées censées leur apporter la sécurité.
Un troisième dessin témoigne encore de cette ambiguïté, et de cet enfermement : l'enfant s'est représenté en situation scolaire, assis à son pupitre entrain d'écrire, il est seul dans une bulle ceinte de barbelés, dont on ne comprend pas bien s'ils le protègent ou l'enferment. Vous avez vu à quels point les fils barbelés sont omniprésents dans ces dessins et contribuent à donner l'image d'un monde où règnent l'enfermement, la protection hérissée, agressive, ambigüe. De part et d'autre des barbelés enfermant/protégeant l'enfant au pupitre, se tiennent d'ailleurs deux soldats de la KFOR, dont on se demande s'ils protègent réellement l'enfant vers lequel ils sont tournés, ou s'ils le tiennent en détention, le fusil à demi baissé, comme s'ils s'apprêtaient à tous moments à le tenir en joue.
Au-dessus de la bulle barbelée de l'enfant au pupitre, en position tutélaire dans le haut du dessin, dans une grosse bulle de barbelés lui aussi, le monastère de Gracanica, lui aussi enfermé/protégé. Vous avez remarqué qu'une grande partie des cinquante dessins représentent l'église du monastère de Gracanica, avec sa forme caractéristique dans l'agencement harmonieux de ses coupoles, ou la Patriarchie, plus ancienne et plus pataude, ou bien encore des églises isolées ou dans des villages, la plupart du temps en flammes.
On le sait, que ce soit de façon polémique ou revendiquée, le Kosovo est le berceau de l'orthodoxie serbe, le cœur historique de la Serbie. Si la présence serbe s'y est maintenue depuis des siècles, et notamment à l'époque de la domination ottomane, c'est grâce à l'église. C'est encore vrai depuis 1999, où, après le départ des forces serbes et des administrations centrales de Serbie, ne subsistent plus que des institutions locales – qualifiées de "structures parallèles" par les internationaux et les Albanais – et l'église serbe du Kosovo dont le rôle s'est trouvé accru dans le vide institutionnel qui s'était créé, outre le rôle traditionnel de lieu de réunion de la communauté que joue l'église orthodoxe dans ses maisons paroissiales.
En tous cas l'importance du thème religieux dans ces dessins d'enfants est significatif.
Et c'est sans doute ce qu'il y a de plus frappant dans ces destructions et ces incendies d'églises, que les médias internationaux se sont empressés de recouvrir par les images en boucle des manifestations autour de la mosquée de Nis, dans le sud de la Serbie.
Finalement, dans ces représentations, on a l'impression que le seul refuge terrestre, pour les enfants, ce sont ces églises, mais que ce refuge n'existe plus : il est brûlé, détruit, par un agent du mal que l'on ne voit même pas. Il n'y a d'ailleurs pratiquement personne dans ces paysages désolés par la destruction, sauf, comme dans deux dessins, un enfant avec ses deux parents, ou un enfant avec sa mère seule, devant un paysage en flammes, dévasté. De ces dessins se dégage une impression de grande solitude et d'abandon dans un monde en proie à la destruction. Même l'église de Gracanica, qui n'a pourtant pas été atteinte par les émeutes, est en flammes dans certains dessins, com-me si cela pouvait toujours avoir lieu, comme s'il n'y avait aucune protection, aucun recours possible.
Il est assez remarquable d'ailleurs que l'autre, l'Albanais, soit pratiquement absent de la majeure partie des dessins, même comme ennemi, à part la course poursuite que nous évoquions tout à l'heure, ou ce dessin où l'on voit Gracanica en flammes, avec deux Albanais qui l'attaquent à coups de pioches.
C'est un monde finalement qui n'est pas un monde fait pour les enfants, où le jeu, qui permet à tous les enfants du monde d'en jouer pour mieux l'apprendre, n'existe pas, si ce n'est sous la forme de ce bonhomme de neige autour duquel s'activent trois gamins, eux aussi entourés par les barbelés et les soldats en armes de la KFOR.
Au risque de paraître excessif pour certains, je ne peux m'empêcher de voir dans ces dessins, qui me semblent avoir été faits plus par les enfants des enclaves que par ceux de Mitrovica et des communes du nord – qui sont cependant maintenant eux aussi menacés par la mis en place sournoise et illégale du plan Ahtisaari – je ne peux m'empêcher de voir dans ces dessins l'expression d'une enfance incarcérée, d'une enfance aux jeux surveillés, d'une enfance assassinée.
C'est ce qu'exprime un thème peut-être trop récurrent pour n'avoir pas été semblerait-il suggéré par les maîtres, celui du regard: des yeux démesurés regardant derrière la grille carcérale en forme de Kosovo, ou dans un visage en larmes au-dessus d'une maison détruite.
Et lorsqu'il n'y a plus de maison, qu'il n'y a plus d'église et qu'on erre seul dans un monde désolé en proie à la destruction, il ne reste plus que cette trouée de lumière dans le noir où apparaît Gracanica en flammes et comme transfigurée, au-dessus de laquelle apparaissent deux anges, eux aussi dans une trouée de lumière.
Quelle que soit l'interprétation que l'on donne à ces images, force est de constater que lorsque toute espérance terrestre a disparu, dans la situation d'abandon universel dont témoignent ces dessins, l'espérance, elle, ne meurt pas, et trouve à se transfigurer dans les représentations traditionnelles d'un autre monde où l'on serait/sera rédimé, justifié, sauvé.
C'est le sens des deux images qui se trouvent dans l'abside de l'exposition, l'une d'elles représente une Vierge à l'Enfant, qui ressemble d'ailleurs à une Dormition, avec de part et d'autre le sigle de l'UCK, celui des terroristes albanais qui ont créé la situation propice à l'intervention de l'OTAN et qui ont d'ailleurs été dissous et désarmés après les bombardements. Au dessus de cette maternité agressée, qui fait peut-être ré-férence à la Vierge Miséricordieuse au Christ Nourricier, une fresque du XIVe siè-cle qui se touvait dans l'église cathédrale de Prizren, dédiée à la Dormition de la Très Sainte Mère de Dieu, et qui a été incendiée depuis par les émeutiers alabanais en mars 2004, au-dessus de cette maternité se trouve l'icône du Christ en gloire, qui est une représentation du Christ nourricier de la ville de Prizren. Cette fresque se trouve précisément dans l'église-cathédrale de Prizren, qui porte le nom de la Mère de Dieu de Ljevisa.
Au-delà d'un monde sans espoir, cette icône manifeste elle aussi une espérance de salut.
On le voit, la leçon que l'on peut tirer de ces dessins d'enfants est d'une portée eschatologique.
C'est sans doute pour cela qu'à propos de l'expérience des Serbes du Kosovo, l'église orthodoxe serbe parle de Golgotha, le lieu de la mise à mort du Christ avant sa descente aux enfers et sa résurrection d'entre les morts.
Cette leçon d'eschatologie par les enfants serbes du Kosovo dans leurs dessins était peut-être elle aussi de trop pour la maire UMP du 17e arrondissement, dont je me permets de dire ici qu'elle est une bien mauvaise maire.

Ce n'est d'ailleurs pas pour critiquer particulièrement l'UMP, car toutes les tendances politiques majeures de la France ont été unanimes – et nous étions alors en période de cohabitation – derrière Chirac et Jospin, pour participer aux bombardements de la Serbie. Des bombardements voulus par les Américains pour s'implanter dans les Balkans en faisant fi de la légalité internationale, comme ils le feront en Afghanistan et en Irak après le 11 septembre, avec les résultats que l'on sait. Tout cela, comme l'explique de façon très détaillée William Engdhal, dans Pétrole, une guerre d'un siècle (2), pour sécuriser et accaparer leurs approvisionnements en pétrole de la Caspienne et du Moyen-Orient.
A l'époque, j'étais encore professeur de Lettres dans le secondaire, et, comme tous ceux qui ont une attache avec le monde slave, et particulièrement avec le monde slave orthodoxe, j'ai été terriblement choqué par ces bombardements, par leur durée, par la volonté de faire plier une population à laquelle on n'osait pas s'attaquer d'homme à homme. Je me souviens de l'ambiance insupportable en salle des professeurs, dans ce milieu drogué aux droits-de-l'hommisme et à la référence obsessionnelle à Auschwitz.
J'ai notamment trouvé insupportable de trouver dans Le Monde, que je lisais encore à l'époque, dans le numéro daté des 18 et 19 avril 1999, un mois après le début des bombardements, un article de cette intellectuelle bulgare mais néanmoins parisienne, fille de pope, linguiste, maoïste et psychanalyste, Julia Kristeva, intitulé "Le poids mystérieux de l'orthodoxie", dont j'ai découvert d'ailleurs par la suite qu'il avait déjà été édité dans une revue dont je tairai l'éditeur par charité, et auquel Kristeva avait apporté quelques modifications de circonstance. Ce qui donnait ceci: "L'image des Serbes narguant l'Occident et qui s'offrent en cibles expiatoires à la place de leur dictateur est, à côté de l'exode massif des Kosovars, l'énigme majeure qui bouleverse l'opinion, car elle inflige au coeur de l'Europe une division qui n'est pas près de se cicatriser : "eux" là-bas et "nous" ici". Au passage, Kristeva se réfère ici, en l'inversant, à l'opposition récurrente dans les nations slaves, si maltraitées par l'histoire, entre "eux", ceux qui nous gouvernent, parfois une caste étrangère, et "nous", le peuple. Je dis en l'inversant car dans ce cas "eux", c'était ceux qui nous bombardaient nous, physiquement ou psychologiquement, cette caste internationale, cette fameuse "communauté internationale" à laquelle s'identifie Kristeva, rejetant le "eux", ceux qui étaient sous les bombes, dans l'ailleurs de l'ennemi, chosifiés en cibles, que les manifestants de Belgrade avaient bien raison d'exhiber, se moquant de l'Occident, comme les élèves serbes du Kosovo se moquent de la KFOR. Pas un instant cette grande intellectuelle ne s'interroge d'ailleurs sur les raisons de l'exode massif des Albanais pris sous les bombes, car ce qui l'intéresse c'est "l'énigme" d'une population qui ne plie pas et qui nargue l'Occident. Et la réponse est simple: c'est la foi orthodoxe, qualifiée de "foi national-orthodoxe, au point de confondre le régime Milosevic avec elle". On ne discutera pas de telles sornettes, il suffit de rappeler qu'à l'époque l'église serbe, et particulièrement l'église serbe au Kosovo, était critique à l'égard de la politique menée par Milosevic. Ce qui importe en effet à Kristeva, c'est de discréditer l'orthodoxie dans son essence, et de discréditer les peuples qui ont été marqués de son empreinte: "Il restera à apprécier - énonce-t-elle doctement - quels obstacles cette foi oppose à l'entrée souhaitée et souhaitable de ces hommes et de ces femmes (les manifestants des ponts de Belgrade) dans la commnunauté européenne". Et, remarquant la survivance du sentiment religieux dans les peuples qui ont subi le communisme, alors en voie de complète désintégration, elle se demande si la potion a été suffisamment efficace: "L'athéisme communiste a-t-il vraiment transformé, sinon aboli, la nature psychique de l'homme religieux orthodoxe? Ou l'a-t-il reconduite sous une forme larvée mais non moins opérante?". Et en bonne ex-garde rouge amatrice de camps de rééducation, elle propose comme propédeutique à l'entrée des peuples marqués par la tare congénitale de l'orthodoxie dans la "communauté européenne", "(d')entreprendre une reconstruction morale et subjective des pays ex-communistes orthodoxes. Alors seulement, à partir de leur tradition revisitée et rénovée, deviendrait possible un véritable travail laïque et critique, d'éducation et d'interrogation philosophique, accueillant des questionnements plus audacieux et débouchant sur une véritable sécularisation".
Tout ceci alors que les habitants de ce pays ex-communiste orthodoxe, la Serbie, se trouvent sous les bombes de l'Otan, en attendant que les survivants soient réformés moralement sous sa direction, et alors que les enfants serbes sont mutilés par les fragments des bombes à bille qu'ils prennent pour des jouets. On a là tout simplement affaire à de la propagande de guerre, à une incitation à la haine.
Remarquons qu'au moment où elle écrit cela, Samuel Huntington vient de publier son Choc des civilisations, paru en anglais en 1997, mais qui ne sera traduit en français chez Odile Jacob qu'en 2008. On cite beaucoup Huntington, en général pour réfuter son titre d'ailleurs, au-delà de quoi peu semblent s'être aventurés.
Huntington est un universitaire américain, membre de la Tricontinentale, cette société occulte fondée en 1973 par les membres du non moins occulte groupe de Bilderberg, composé de membres initiés de l'élite anglo-saxxone, qui s'adjoignent pour l'occasion des membres de l'élite japonaise, afin de diriger les affaires du monde.
Selon Huntington, depuis la fin de la guerre froide, la politique globale ne repose plus sur l'affrontement entre blocs, mais sur les rapports de force entre les sept ou huit civilisations qui dominent le monde. La modernisation doit être distinguée de l'occidentalisation et ne produit nullement une civilisation universelle, pas plus qu'elle ne donne lieu à l'occidentalisation des sociétés non-occidentales, qui ont d'ailleurs tendance à toujours plus devenir elles-mêmes et à se distinguer de l'Occident, au fur et à mesure qu'elles se modernisent. Enfin, les nouvelles lignes de tension dans le monde, sont définies par un relatif déclin de l'Occident, l'accroissement de la puissance économique, militaire et politique des civilisations asiatiques et enfin l'explosion démographique de l'Islam.
Dans ce nouvel ordre mondial organisé sur la base des civilisations, les pays se regroupent autour des Etats-phares de leur civilisation. La conséquence en est la suivante: "La survie de l'Occident dépend de la réaffirmation par les Américains de leur identité occidentale; les Occidentaux doivent admettre que leur civilisation est unique mais pas universelle et s'unir pour lui donner vigueur contre les défis posés par les sociétés non-occidentales". Mais Huntington n'est pas un pousse au crime: "Nous éviterons une guerre généralisée entre civilisations si, dans le monde entier, les chefs politiques admettent que la politique globale est devenue multicivilisationnelle et coopèrent à préserver cet état de fait".
Sur le plan politique, cette réflexion a donné naissance à une conception multipolaire des relations internationales, défendue par exemple en France par Hubert Védrine, ce qui ne l'a pas empêché de s'aligner sur son ancienne collègue Allbright, quand il s'est agi de prendre position sur l'indépendance du Kosovo, montrant par là les limites d'un pôle européen indépendant.
Mais qu'est-ce que la civilisation européenne selon Huntington? "Durant quarante-cinq ans, le rideau de fer a été la principale ligne de fracture - rappelle-t-il -. Cette barrière s'est déplacée de plusieurs centaines de kilomètres à l'Est. Elle sépare désormais les chrétiens occidentaux d'un côté, les musulmans et les orthodoxes de l'autre". Voilà précisée, sur les plans géographique et géopolitique, l'opposition entre "eux", les orthodoxes, et "nous", les Occidentaux, par quoi Kristeva justifiait les bombardements de la Serbie, avant de passer à la phase de sa réforme morale. Elle justifiait également, d'un point de vue thélogique, la supériorité des peuples catholiques, grâce à leur théologie du filioque, sur les peuples orthodoxes (3). Etayant de cette façon la distiction effectuée par Huntington, pour qui "Le développement des sociétés post-communistes de l'Europe de l'Est et de l'ex-Union soviétique est fonction de leur identité civilisationnelle. Celles qui ont une tradition héritée du christiannisme occidental deviennent prospères et démocratiques; l'avenir économique et politique des pays orthodoxes reste incertain".
Nous ferons deux remarques au sujet des théories d'Huntington, qui partent d'un fait indéniable, le re-surgissement des identités civilisationnelles accompagnant les profonds changements économiques et politiques des vingt dernières années. La première pour remarquer qu'elles semblent récuser l'idée de civilisation globale, qu'il qualifie, non sans pertinence, de "civilisation de Davos": "le terme de "civilisation universelle" peut désigner les principes, les valeurs et les doctrines auxquels adhèrent nombre d'Occidentaux et de représentants d'autres civilisations. C'est ce qu'on pourrait appeler la culture de Davos. Chaque année, une centaine environ de dirigeants d'entreprise, de banqiers, de hauts-fonctionnaires, d'intellectuels et de journalistes venant de divers pays se retrouvent au forum de l'économie mondiale à Davos, en Suisse. Presque tous sont diplômés en sciences en sciences, en sciences humaines, en gestion, en droit, travaillent sur des mots et/ou des chiffres, parlent anglais, sont employés par des gouvernements, des sociétés ou des universités très ouverts sur l'étranger et voyagent souvent hors de leur pays. ils partagent tous la même foi dans les verus de l'individualisme, de l'économie de marché et de la démocratie politique, lesquelles sont très répandues chez les Occidentaux. Les personnes qui viennent à Davos ont des responsabilités dans presque toutes les institutions internationales, dans plusieurs gouvernements, dans l'économie mondiale et dans la défense. La culture de Davos est donc extrêmement importante".
Mais, se demande Huntington, "Dans le monde entier, cependant, combien de personnes partagent cette culture? Ailleurs qu'en Occident, il est probable qu'elle prévaut chez moins de 50 millions d'hommes et de femmes, c'est à dire 1% de la population mondiale, et peut-être même 1/10ème de ce 1%. Elle est donc loin de former une culture universelle, et les dirigeants qui la partagent ne sont donc pas nécessairement en position de force dans leur propre société".
L'illusion de la fin de l'histoire, un temps entretenue après l'écroulement du communisme, par l'éclosion d'une civilisation universelle, étant dissipée, remarquons en second lieu que la théorie huntingtonienne est élaborée au moment de la guerre de Bosnie entre Musulmans, Serbes orthodoxes et Croates catholiques. Outre que cette théorie prône une conception atlantiste de l'Europe, limitée à la chrétienté catholique et protestante et dominée par les Etats-Unis, elle promeut et justifie la politique américaine d'éclatement des Etats-Nations, au profit de sous-ensembles régionaux, définis sur des bases ethnico-culturelles, permettant aux Américains d'assurer en retour leur domination mondiale, comme le montre notre confrère Pierre Hillard dans ses livres et ses articles à B-I.
Le conflit au Kosovo quant à lui répond pour partie à la théorie de Huntington, puisqu'il s'agit d'un conflit séculaire entre Serbes chrétiens et Albanais musulmans, qui se sont d'ailleurs islamisés et implantés au Kosovo pour sous-traiter, au profit des Ottomans, la domination sur la raïa chrétienne. Mais la dimension musulmane, même si elle conserve son importance, est moindre que la dimension ethnique albanaise, et il est singulier qu'au moment où les Serbes étaient satanisés, hitlérisés sous le vocable de "nationalistes grand-serbes", l'Occident se soit mobilisé pour favoriser l'émergence d'un nationalisme strictement ethnique, qui plus est largement motivé par des intérêts liés au crime organisé.

Mais je voudrais maintenant revenir sur la situation des Serbes du Kosovo, évoquée de façon si poignante par les dessins des enfants. Leur situation est en effet tragique, parce que sous-estimée, méconnue, ignorée. A l'occasion de la venue de Biden, Piotr Smolar n'évoquait-il pas dans Le Monde le "problème psychologique" que constituait le Kosovo pour les Belgradois qu'il interrogeait? C'est que la plupart du temps, les Serbes du Kosovo sont considérés comme un "problème" à la résolution de la situation, ils sont régulièrement invités à s'intégrer aux institutions créées pour les Albanais devenus démographiquement majoritaires dans la province, à changer d'identité en se "kosovarisant", bref à faire dans un Kosovo dirigé par l'ethnie albanaise ce que les Albanais du Kosovo - du moins sa frange extrémiste actuellement aux affaires grâce à l'appui des Américains - ont refusé de faire dans le cadre de l'Etat-nation fédéral yougoslave.
Ils sont en quelque sorte un problème anachronique avec leur résistance opiniâtre et séculaire, la défense de leur terre, de leurs églises et de leurs monastères.
Renaud Girard, grand-reporter au Figaro, qui n'est pas le moins informé sur le Kosovo, et qui le premier a révélé les éléments permettant de mettre en cause la version du diplomate américain William Walker à propos du soi disant massacre de Racak, n'a-t-il pas donné des Serbes du Kosovo l'image d'une population anachronique, vouée à disparaître en quelque sorte?
Une quinzaine de jours avant Racak, dans Le Figaro du 29 décembre 1998, il évoquait l'enterrement à Pec de six jeunes Serbes "mitraillés à bout portant alors qu'ils prenaient un verre dans le petit café en face de leur lycée, à la périphérie de la ville", vraisemblablement par des membres de l'UCK, le jour où un convoi d'armes de l'UCK, en provenance d'Albanie, était tombé dans une embuscade de l'armée yougoslave, dans les montagnes au-dessus de Pec, faisant 31 morts et 9 blessés. Girard décrit ainsi l'enterrement: "Il est des enterrements populaires où perce parfois une lueur d'espoir ou de défi, une promesse de renouveau. Mais celui-là qui rassemblait la quasi-totalité de la communauté serbe de la ville de Pec, était seulement submergé de tristesse. La beauté des chants de la liturgie orthodoxe, le recueillement de la foule réunie sur la place centrale pavoisée aux couleurs rouge, bleue, blanc de la Serbie, la douleur retenue sur le visage des femmes en noir, semblaient étrangement sonner le glas d'une civilisation".
Il serait intéressant de préciser d'où parle ce jugement, d'où ça parle. Mais il est trop souvent répandu chez nombre de journalistes et chez les membres de cette "civilisation de Davos", pour que les Albanais, du moins les extrêmistes, ne se soient pas sentis autorisés à détruire ce qui restait de cette civilisation serbe orthodoxe du Kosovo, pendant les émeutes organisées de mars 2004.
Il est temps de conclure, je le ferai en citant quelques éléments de la désinformation que j'ai pu constater en allant moi-même au Kosovo, juste après ces émeutes, et en évoquant brièvement la situation actuelle.
A un moment où Kouchner et quelques-uns des membres de l'équipe qui l'avait accompagné dans sa mission de Haut-représentant de l'ONU - pour étrenner en quelque sorte la réalité concrète provoquée par ses théories de l'ingérence humanitaire - déclaraient dans les médias que ces émeutes ne se seraient pas produites si on avait donné l'indépendance aux "Kosovars", c'est à dire aux Albanais, dans un bel élan de complémentarité avec les émeutiers, j'ai décidé de partir au Kosovo pour en avoir le coeur net.
J'ai constaté là-bas, en passant par Belgrade et le Sandjak, que la Serbie restait le seul Etat réellement multi-ethnique des Balkans, avec de fortes minorités musulmanes, roms, goranis, et un nombre important d'Albanais qui y vivent.
J'ai constaté qu'il reste encore une importante communauté serbe au Kosovo, pas seulement dans le nord, mais également au centre, au sud et dans le sud-est. J'y ai vu des enfants, de nombreux enfants, alors qu'on donne généralement de la population serbe du Kosovo l'image d'une population vieillie, sur le déclin.
J'y ai constaté la force de la présence de l'orthodoxie, avec des monastères actifs, notamment les monastères de femmes de Gracanica et de la Patriarchie - je n'ai pas pu visiter celui de Devic qui venait de brûler - et le monastère des hommes de Decani, où l'on peut goûter la beauté des chants byzantins et se recueillir auprès des reliques de Saint Stéphane Decanski, dont les Albanais eux-mêmes connaissent également les vertus
J'y ai constaté surtout que la population serbe était complètement abandonnée de la communauté internationale, cette "civilisation de Davos" confinée dans ses bureaux de Pristina, et qui ignore totalement, à quelques exceptions près, la réalité du terrain, dont elle ne prend connaissance que par des rapports internes.
S'il y a un "choc des civilisations" au Kosovo, serais-je même tenté de dire à la suite d'Huntington, c'est celui entre cette "civilisation de Davos" et la mafia albanaise, dont elle a peur et qu'elle préfère ignorer ou subir en en touchant parfois les dividendes, et celui entre elle et l'orthodoxie, dont elle ignore tout, à part quelques-uns, touchés par l'accueil et la grâce régnant dans les monastères où ils vont se recueillir, discuter avec les moines, goûter un moment de paix et de recueillement.
J'espère avoir contribué par mon travail et les quelques reportages publiés dans B-I, à faire en sorte que la réalité de cette population et de ses droits soient pris en compte. J'ai souvent fait ces reportages dans des conditions précaires, mais cela m'a permis de mieux me rendre compte de la situation sur le terrain.
Par exemple, si je puis me permettre de faire la petite histoire de cette exposition, l'idée en est venue de l'album que m'a offert un soir de décembre un instituteur du Kosovo central. C'était chez un ami qui m'hébergeait dans sa maison. Nous discutions à la lueur de la bougie, car à part une heure ou deux, le courant était généralement coupé, ainsi que l'eau courante. Heureusement que nous avions pour nous chauffer le poêle à bois qu'on trouve dans toutes les maisons serbes à la campagne. Tous les soirs nous nous réunissions ainsi avec des amis de passage pour parler de la situation. Peut-on s'imagiener ce qu'est cette vie en permanence pour les familles, pour les personnes âgées et les enfants, sans eau ni électricité dans la nuit d'hiver du Kosovo, où plane la menace? C'est cela aussi qui s'exprime dans les dessins de l'exposition. Et les soirs d'été, les étés sont très chauds au Kosovo, lorsque l'on rentre chez soi et qu'il n'y a pas d'eau?
Souvent d'ailleurs, très clairement, ces coupures ont pour fonction de signifier aux Serbes qu'ils sont de trop, comme ces derniers temps dans la région de Gnjilane, où il y a eu des manifestations de la population excédée, sévèrement réprimée par la police kosovare.
Le plan Ahtisaari, qui a été rejeté par l'ONU, avait ceci de positif qu'il prônait une large autonomie pour les Serbes, et des garanties pour les Lieux Saints et l'Eglise du Kosovo. Mais il prescrivait en même temps l'indépendance, ce qui ôtait toute valeur à ces concessions. Car ceux qui connaissent la situation au Kosovo le savent bien, tant que les extrémistes, les anciens de l'UCK, sont au pouvoir au Kosovo, tant qu'ils continueront à jouir de l'impunité malgré tous les crimes qu'ils ont commis, ils n'auront de cesse d'éradiquer toute présence serbe au Kosovo.
Il est tout de même inconcevable et révoltant que les Thaci, les Ceku, les Haradinaj et les Limaj, continuent de recevoir les honneurs de la presse et de la classe politique internationales, alors qu'il sont clairement mis en cause par l'ancien procureur du TPI, Carla del Ponte, pour les trois cents Serbes enlevés, dépecés vivants pour leur prélever leurs organes, puis assassinés, tout cela en présence de la communauté internationale, sous le mandat de Kouchner. Trois cents personnes sur un total de deux millions dans la province! Qu'on s'imagine l'échelle du crime: c'est comme si 10 000 français étaient kidnappés, mutilés vivants, vendus par morceaux et assassinés en l'espace de deux trois ans.
Non ce plan Ahtisaari qui paraît un bon compromis et pour lequel son auteur, bien qu'il ait été notoirement stipendié, a été nobélisé, n'est pas applicable, si un Kosovo largement décentralisé n'est pas dirigé ou co-dirigé par l'Etat serbe. Tout simplement parce que le compromis dont il semble être le fruit n'a pas été trouvé, accepté par les parties, mais imposé par la communauté internationale, cette "civilisation de Davos" qui se déploie dans le virtuel, risquant ainsi de se fracasser contre le réel, comme on a commencé à le voir avec la crise fiancière et maintenant industrielle.
La communauté internationale, et particulièrement l'Europe, et donc la France, avec le déploiement de la mission Eulex, qui fait partie du plan Ahtisaari rejeté par l'ONU, est donc face à ses responsabilités au Kosovo. Et notamment en termes de respect du droit, défini jusqu'à présent par la résolution 1244 rappelée tout à l'heure. Car grande est la tentation, comme l'y invitent les Albanais, de mettre en place le plan Ahtisaari par la bande, alors que Ban Ki Moon, le Secrétaire Général de l'ONU, dans son plan en 6 points agréé par Belgrade, mais pas par les Albanais, a placé la mission Eulex dans le cadre de la mission de l'ONU, définie par la résolution 1244. A cette mission Eulex, participent d'ailleurs des membres de l'Union européenne qui s'opposent à la reconnaissance de l'indépendance du Kosovo et qui tous se trouvent, à part l'Espagne, dans la part orientale et orthodoxe de l'Union européenne. La Grèce, la Roumanie, la Slovaquie et Chypre, et donc aussi l'Espagne, pour des raisons qui concernent également leurs relations avec leurs propres minorités nationales, introduisent ainsi un débat au sein de l'Union européenne, et c'est heureux.
Car si la communauté internationale, et particulièrment l'Europe, avalisaient cette indépendance en donnant un statut international au Kosovo, au mépris des droits de la Serbie et des Serbes, ce serait en reniant ce que Huntington définit précisément comme un des constituants fondamentaux de l'identité occidentale: la prévalence du droit sur la force, qui s'inverserait en prévalence de la force - la défense brutale des intérêts américains s'appuyant sur un extrémisme ethnique et mafieux - sur le droit. Un reniement lourd de conséquence sur le plan régional et international.
Un tout dernier mot pour regretter que le Président de la République Française, et néanmoins toujours Président de l'UMP, Nicolas Sarkozy, ait montré le mauvais exemple en étant un des premiers à reconnaître cette indépendance, emboîtant ainsi le pas à son ami Bush, autre criminel de guerre notoire. Il l'a rendue publique, qui plus est, en s'adressant à de jeunes élèves, dans une classe d'école, chez le ministre de l'Education Nationale Xavier Darcos, à Périgueux, ce qui est particulièrement irresponsable. Il ne lui reste donc plus maintenant, après les révélations de Del Ponte, qu'à retourner expliquer aux enfants de cette école comment cette indépendance est la récompense du crime, et à les inviter à venir visiter cette exposition des dessins de leurs camarades serbes du Kosovo.
Frédéric SAILLOT.
(1) Article 4 de la résolution, et article 6 de l'annexe 2
(2) Ed. Jean-Cyrille Godefroy, 2007.
(3) Sur ce point précis de thélogie, voir la réponse d'Olivier Clément et de Michel Stavrou à l'article de Kristeva, "Orthodoxie, la pesanteur et la grâce", parue dans Le Monde quelques jours après.
 
Faites connaître au public français le sort tragique des enfants des minorités non-albanaises du Kosovo.
L'ASSOCIATION VERITE ET JUSTICE a édité une série de 12 cartes postales représentant les dessins bouleversants exécutés par des garçons et filles de 7 à 11 ans pour un concours local, qui montrent à quel point une génération entière a été traumatisée par la guerre et ses conditions de vie.
Les cartes postales sont en vente au prix de un euro la carte.
Elle peuvent être commandées directement à :
CAP 8, BP 391, 75869 Paris Cedex 18, et réglées par chèque ou virement à l'ordre de Vérité et Justice.

Voici la série qui a été éditée :

Kosovo 1 Kosovo 2 Kosovo 3
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Kosovo 4 Kosovo 5 Kosovo 6
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Kosovo 7 Kosovo 8 Kosovo 9
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Kosovo 10 Kosovo 11 Kosovo 12
10 11 12
 

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