UN EFFET MÉCONNU DU POLONIUM 210 : L'HYSTÉRIE ANTIRUSSE
Par le Dr Patrick BARRIOT
 
Découvert par Pierre et Marie Curie, le polonium 210 est un radioélément présent en quantités infimes dans la nature (gisements d'uranium et de phosphates, feuilles de tabac). Le polonium 210 est produit dans les réacteurs nucléaires en irradiant du bismuth 209 avec des neutrons. Il perd la moitié de sa radioactivité en 138 jours. La production mondiale annuelle est de l'ordre de quelques centaines de grammes. On le retrouve dans des dispositifs de calibration ou des systèmes d'armement. Il est également recherché dans l'industrie pour ses propriétés antistatiques.
Comme tous les radioéléments, le polonium 210 émet un rayonnement dangereux pour les cellules de l'organisme mais ce rayonnement est de type alpha.
Il s'agit d'un rayonnement très peu pénétrant, arrêté par les vêtements ou la peau. Il est donc peu dangereux en cas d'exposition externe.
En revanche le polonium 210 est très dangereux en cas de contamination in-terne, après avoir été inhalé (sous forme d'aérosol) ou ingéré (mélangé à une boisson ou un aliment). Il pénètre alors dans la circulation sanguine et diffuse son rayonnement directement sur les différents tissus de l'organisme. Certains tissus comme la moelle osseuse sont particulièrement sensibles. Le polonium 210 peut être retrouvé dans les urines ou les selles de la personne contaminée. La dose toxique pour un homme est de l'ordre du microgramme (millionième de gramme).
La contamination d'Alexandre Litvinenko soulève plusieurs problèmes.

Une contamination étrange

Premièrement, le retard du diagnostic. Contaminé le 1er novembre, Alexandre Litvinenko est mort le 23 novembre. Or la veille du décès, les autorités britanniques évoquaient encore une intoxication au thallium. Il a fallu attendre le surlendemain de la mort de Litvinenko, le 25 novembre, pour apprendre que la découverte d'un rayonnement alpha dans les urines avait conduit au diagnostic de contamination interne par le polonium 210.
Deuxièmement, la détection bien tardive du polonium radioactif par les services de sécurité britanniques. Entre la fin du mois d'octobre et la fin du mois de novembre, du polonium a été diffusé en Europe. Il a été retrouvé après coup dans une douzaine d'endroits londoniens, dans deux avions de la British Airways, dans l'ambassade britannique à Moscou. Ce produit radioactif a donc été transporté à la barbe des services de sécurité dans la capitale britannique déjà frappée par un attentat meurtrier et menacée d'une attaque radiologique par Al-Qaeda. Pourtant aucun portique de détection n'a signalé le passage de produits radioactifs. Ceci nous conduit à penser que le polonium a été dispersé volontairement à certains endroits mais jamais à un endroit où il pouvait être détecté rapidement (en espérant que de tels endroits existent à Londres !).

Une responsabilité peu vraisemblable

Ce ne sont pas des spécialistes des services secrets qui ont agi, mais des spécialistes de la désinformation et des médias. Ils ont joué au petit poucet et bien entendu les cailloux radioactifs remontent jusqu'au Kremlin. Tout juste si l'on n'a pas retrouvé la carte de Vladimir Poutine épinglée sur le veston de Litvinenko. Lorsque vous voulez faire taire quelqu'un qui s'apprête à faire des révélations embarrassantes, vous lui tirez une balle dans la tête, vous ne lui laissez pas trois semaines pendant lesquelles il a tout loisir de s'exprimer. Or Monsieur Litvinenko n'a fait aucune révélation entre le 1er et le 23 novembre.
A l'évidence, ce n'est pas l'opposant politique qui était visé mais l'ex-agent du FSB trop bavard (qui avait livré les noms de ses anciens camarades) ou le manipulateur en quête d'informations négociables.

Un opposant bien douteux

En 1998, Alexandre Litvinenko révèle avoir reçu l'ordre d'assassiner l'oligarque Boris Berezovski. Puis il publie un livre accusant le FSB d'avoir organisé les attentats de 1999 pour servir de prétexte au lancement de la seconde guerre russo-tchétchène. Puis il dénonce la réactivation par le FSB du laboratoire de toxicologie N° 12 (le laboratoire des poisons). Enfin, tout récemment, il prétend avoir des révélations à faire sur le meurtre d'Anna Politkovskaïa. Depuis huit ans, il explorait donc tous les sujets sensibles et monnayables. De ce point de vue, on peut dire qu'il a joué à la roulette russe un trop grand nombre de fois d'affilée.
A qui profite le crime ? Certainement pas à Vladimir Poutine qui est, après Alexandre Litvinenko, la deuxième victime de cette contamination. Alexandre Litvinenko vivant n'avait pas les moyens de menacer le Kremlin. En revanche sa mort a déclenché une poussée d'hystérie antirusse visant principalement le président.


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