LA TV ANGLAISE IMAGINE LE PROCÈS
DU "CANICHE" DE GEORGES BUSH |
| Par Neil CLARK |
| |
Les médias outre-Manche n'ont pas peur de soumettre leurs dirigeants, même les plus hauts placés, à une satire féroce. Canal 4 a ainsi produit un long métrage qui se moque de Tony Blair obsédé par l'image qu'il laissera dans l'histoire. L'image désolante du caniche de Bush, si l'on en croit le film. L'action se passe dans un futur proche : Hillary Clinton brigue un second mandat, Blair s'est retiré dans sa résidence de Connaught Square et c'est toujours l'enfer en Irak. L'ex-Premier ministre doit répondre de sa désastreuse politique. "Fiction ou prédiction ? sourit l'auteur Alistair Bea-ton. On verra bien..."
En tous cas, la réalisation a suscité un excellent commentaire dans le Guardian du 18 janvier dernier.
L'AUTRE GUERRE ILLÉGALE DE TONY BLAIR
Faites péter les bouchons ! Sortez les cigares ! Enfin Tony Blair est jugé pour ses crimes de guerre. Du moins sur Canal 4. Mais quelqu'agréable que ce soit de voir Blair - ou plutôt Robert Lindsay qui l'incarne - sur le banc des accusés, pourquoi le Premier ministre n'est-il accusé que d'un seul conflit illégal ?
Quatre ans avant qu'on ne déchaîne sur Bagdad "Choc et terreur", Blair a joué un rôle-clé dans une autre agression internationale, basée comme la guerre en Irak sur des informations frauduleuses.
L'attaque de la Yougoslavie en 1999 était un viol manifeste de la légalité internationale. Seul le Conseil de sécurité de l'ONU peut autoriser une action militaire contre un Etat souverain, et le Conseil de sécurité n'a pas été consulté. L'agression a été aussi un viol de la charte de l'OTAN, qui ne permet l'usage de la force que quand un Etat membre est attaqué.
Le casus belli officiel a été que la Yougoslavie, dans les termes mêmes de Tony Blair, "se livrait à un génocide de type hitlérien équivalent à l'extermination des juifs au cours de la Seconde guerre mondiale, sur la population ethniquement albanaise du Kosovo."
Aucune preuve n'étayait cette affirmation à l'époque, et il n'y en a certainement aucune aujourd'hui. Plus de 100 témoins de l'accusation ont été cités au procès de Milosevic à La Haye, et pas un seul d'entre eux n'a témoigné d'un ordre de génocide donné par l'ex-président yougoslave, ni même de violences ou de crimes quels qu'ils soient préconisés à l'encontre de la population civile du Kosovo. Au contraire, un capitaine musulman de l'armée yougoslave a témoigné que personne dans son unité ne s'était livré à un moment quelconque à un harassement des civils albanais au Kosovo, et qu'il n'avait jamais entendu dire que d'autres unités l'avaient fait, et l'ex-chef de la sécurité de l'armée yougoslave, le général Geza Farkas (un Hongrois d'origine) a témoigné que tous les soldats yougoslaves au Kosovo avaient reçu un document expliquant la légalité humanitaire internationale et leur enjoignant de désobéir à des ordres qui pourraient la violer.
En réalité, la "crise du Kosovo" a été fabriquée comme la "crise des armes de destruction massive" en Irak quatre ans plus tard. L'Occident a encouragé un groupe terroriste, l'UCK, à provoquer les autorités yougoslaves, et quand est survenue la riposte antiterroriste de Belgrade, les Etats-Unis et la Grande-bretagne étaient prêts à sortir à la conférence de "paix" de Rambouillet un document que le ministre de la Défense Lord Gilbert a admis avoir été préparé de façon a être rejeté par les Yougoslaves.
Pourquoi tout cela ? Le croupion yougoslave était ciblé non pour des raisons "humanitaires" - comme l'ont cru bien des gens dupés de gauche - mais simplement parce qu'il gênait. Vous n'êtes pas obligés de me croire, mais voici ce qu'en disait George Kenney du département d'Etat américain : "Dans l'Europe de l'après-Guerre froide, il n'y a pas de place pour un grand Etat indépendant d'esprit socialiste qui résiste à la globalisation."
La guerre illégale contre la Yougoslavie n'a peut-être pas entraîné autant de sang versé et de carnage que le conflit irakien, mais son importance ne doit pas être sous-estimée. Pour la première fois depuis que les chars du Pacte de Varsovie ont envahi la Tchécoslovaquie en 1968, un Etat européen qui n'en menaçait aucun autre a été attaqué. Un précédent dangereux, celui de piétiner la loi internationale, a été établi. On en comprend le danger quatre ans plus tard.
|
|


Le plus petit des
grands journaux
et le plus grand
des petits journaux |