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La sécurité de l'homme le plus puissant du monde était assurée en l'air par quatre avions de chasse, à terre par 1.500 policiers tchèques et plusieurs dizaines de gardes du corps américains, Le Château et ses alentours étaient fermés depuis le matin, au moment ou l'avion présidentiel s'approchait de l'aéroport pragois, et tout le trafic aérien était stoppé. Dans le centre de Prague, il était interdit d'ouvrir les fenêtres
La visite du président Bush en République Tchèque, les 3 et 4 juin derniers, a ressemblé aux films d'action américains. Des snipers sur les toits des immeubles et dans les voitures d'accompagnement, les rues noires d'uniformes de police. Dès son arrivée, le président s'est engouffré dans une limousine blindée, au milieu des dispositifs antiterroristes visibles (et invisibles). Commentaires de la vox populi : "Avant, les gens s'amassaient tout au long du chemin d'un chef d'État étranger qui venait chez nous. Avec des fleurs et des drapeaux. Aujourd'hui, Bush est entouré de snipers". "De quoi a-t-il peur ? Nous, on n'assassine pas les présidents, ce n'est pas dans nos coutumes". "Qu'il fasse construire sa base militaire chez lui, dans son ranch !"
A son arrivée au Château, en compagnie de son épouse et du président Klaus, Bush a passé en revue la garde présidentielle qu'il a saluée en tchèque : "Vojaci, nazdar !" (Salut , les soldats !). Le lendemain, pendant les négociations officielles, il a eu une attitude très décontractée, inhabituelle chez ce genre d'hôtes : avec un plaisir non dissimulé, il mâchait du chewing-gum. Apres plusieurs minutes, devant les regards étonnés, voire perplexes, de ses interlocuteurs, il s'est rendu compte que mâcher du chewing-gum laissait une image bizarre. D'un seul coup, il a cessé de mâcher. Personne ne l'a vu sortir le chewing-gum de sa bouche, on peut donc légitimement supposer qu'il l'a tout simplement avalé.
La question cruciale était celle de la base américaine. Sa construction a, en République Tchèque, des adversaires acharnés, mais le gouvernement tchèque n'est pas enclin à tenir un referendum populaire a ce sujet. La population est a 70-80 % contre.
L'Iran, l'un de deux "Etats-voyous", l'autre étant la Corée du Nord, a qualifié de "meilleure blague de l'année", l'accusation d'après laquelle Téhéran menacerait l'Europe. "La portée des roquettes iraniennes ne leur permet pas d'atteindre l'Europe et il est peu probable que les Américains ne le sachent pas. En plus, l'Europe est notre partenaire commercial. Quel intérêt aurons-nous à faire des menaces pareilles ? " Quant à la Corée du Nord, Il suffit de jeter un coup d'il sur la carte du continent eurasien. Par l'Océan Pacifique, les USA sont beaucoup plus "accessibles." Sans parler du sens de la rotation du globe terrestre.
On voudrait croire que ceux qui gouvernent tiennent compte de la voix du peuple, la voix de la raison. Les populations des communes avoisinant le site choisi pour "accueillir" le système radar américain de défense antimissile, ont organisé chez eux des référendums, dont les résultats ont été largement négatives. Personne ne veut de cette façon d'être protégé d'un danger inexistant, venant de l'Iran ou de la Corée du Nord.
Voici le texte de la pétition qui continue encore a circuler.
"Appel aux citoyens
Dans les années 1989/90, toute la Tchécoslovaquie a vécu dans l'espoir de l'arrivée d'une nouvelle époque où le citoyen serait enfin maître dans son propre pays. Le concept de démocratie, d'Etat de droit et de société civique était décliné dans tout les sens, et les prophètes des "temps nouveaux" prêchaient un changement radical dans leur future façon de gouverner le pays. Dorénavant ce seront "la vérité et l'amour" qui prendront les rênes de ce changement fondamental. Les blocs militaires devront être dissous et tout armement arrêté, du moins c'est ce que promettait Vaclav Havel, ce symbole de la nouvelle époque.
Tous s'est passé autrement. Seules des usines tchécoslovaques d'armement ont stoppé leurs production, celles d'Occident ne dérangeaient personne et le Pacte de Varsovie a été le seul à être dissous. L'OTAN non seulement a continué à exister, mais en plus, elle s'est élargie, contrairement aux engagements d'origine. Nous sommes les témoins d'une évolution où le citoyen, manipulé par le pouvoir à l'aide des mass-médias et de leur confusion sémantique (des mots tels que "bombardement humanitaire" ou "dégâts collatéraux"), est peu à peu privé de toute influence réelle sur la vie de la société et la destinée de l'Etat. Contrairement à toutes les promesses "de velours", le citoyen est exclu des toutes les décisions-clés concernant l'Etat, et sa politique, comme ce fut le cas lors de la partition arbitraire et anticonstitutionnelle de la République fédérative Tchécoslovaque ou de l'adhésion de la République Tchèque à l'OTAN. Et c'est ainsi encore maintenant quand il s'agit de la base américaine sur notre territoire.
Le parapluie antimissile US fait, d'une manière toute a fait évidente, partie d'une stratégie américaine globale et impériale, ouvertement formulée dans le Projet pour le
nouveau siècle américain (PNAC). Et c'est aussi dans cet esprit qu'est née la nouvelle conception stratégique de l'OTAN (officiellement acceptée en avril 1999). Dans ces circonstances, le redémarrage de la course aux armements et d'une nouvelle guerre froide ne sont qu'une question de temps.
En fin de compte, il n'est pas important que le système antimissile de défense soit intégré dans les structures du Pacte de l'Atlantique-Nord ou qu'il reste "seulement" une affaire purement américaine. Dans tous les cas, sa seule raison d'être est la volonté d'écarter du territoire des Etats-Unis les conséquences de l'éventuel conflit militaire, ou du moins de mes minimiser. L'Europe Centrale et Orientale deviendrait ainsi une décharge radioactive.
Etant donné qu'aucun parti politique n'a dans son programme le déploiement d'une base militaire américaine sur notre territoire, et n'a même pas informé les citoyens d'une telle possibilité, le gouvernement tchèque n'a aucune légitimité pour négocier cette implantation avec les USA, et encore pour prendre une décision positive. Au contraire: si, d'après la constitution, le peuple est la seule source de pouvoir dans l'Etat, il faudrait voir si les activités précitées du gouvernement ne sont pas contraires à l'article 2, chapitre premier, du Décret fondamental de la constitution de la République Tchèque. Dans cette affaire, le peuple ne lui a donné aucun mandat, ni direct, ni indirect. La seule possibilité digne d'un État démocratique de droit,, dans la situation actuelle, serait : 1) de créer une commission indépendante qui examinerait l'action du gouvernement, y compris sa constitutionnalité, en tenant compte du fait que cette action a déjà commencé en 2002 ; 2) d'organiser un referendum sur la question..
Citoyens ! Il est absolument inadmissible que Vaclav Havel, ce fervent propagandiste de la base américaine, qualifie par de déplaisantes expressions dans la presse internationale (Süddeutsche Zeitung, 27/04/2007) la nation dont il se réclamait en novembre 1989, seulement parce que la majorité de cette nation a une autre opinion de la "protection" américaine que la sienne Dans ces circonstances, il faut que l'initiative "non aux bases" et le mouvement pour la satisfaction du citoyen rendent à ce dernier sa dignité. La commune de Trokavec s'est singularisée par son rôle tout a fait remarquable. Elle a réalisé quelque chose qui, dans la culture politique tchèque, n'était pas une évidence : un acte concret, en tant que première émergence d'une funeste inactivité civile. L'organisation du referendum local a été non seulement un acte de la démocratie directe, mais en même temps un appel a chacun de nous pour qu'il se rende compte qu'il est responsable de son Etat. Dans cette situation des actes de ce genre peuvent donner naissance à un authentique mouvement civique qui s'opposera aux manipulations des appareils des partis par la politicaillerie actuelle.
A l'automne 1989 résonnait dans les rues de l'ex RDA le slogan "Le peuple c'est nous !' et c'est avec la même idée que les citoyens de la Tchécoslovaquie se sont massés sur les places principales de leurs villes. Aujourd'hui, nous faisons appel a tous ceux qui, en novembre 1989, se réclamaient de la volonté du citoyen pour qu'ils la fassent l'entendre publiquement.
Le "Forum civique" a dorénavant son centre à Trokavec. Que cette commune devienne le symbole de tout le mouvement !"
George Bush a participé, à l'hôtel Hilton de Prague où il était hébergé, à la conférence de presse organisée sous le patronage de Nathan Chtaransky, l'ex dissident soviétique, de Vaclav Havel, le dernier président tchécoslovaque et le premier président tchèque, et de José Maria Aznar, l'ex premier ministre espagnol. Bush a expliqué qu'il voulait dissiper toutes les craintes de Poutine et parler avec lui en tant qu'ami ("Je lui dirai, écoute, Vladimir, ne te fais pas de soucis, notre système de défense n'est pas dirigé contre la Russie. Et pourquoi toi, tu n'y participes pas ? Je t'en prie, envoie chez nous des généraux russes pour qu'ils voient comment cela fonctionne.")
Voici le compte rendu résumé de sa visite, publié par le journal Mfd-Dnes du 6 juin 2007.:
- La visite de Bush a-t-elle apporté un changement fondamental au sujet de radar ?
- Non. Les positions restent sans aucun changement.
- Y aura-t-il un changement dans l'obligation de visas pour les Tchèques ?
- Non. Le Congrès américain n'a pas changé son attitude, mais Bush exprime son soutien a la suppression des visas pour les Tchèques.
- Sa visite a-t-elle positivement influencé l'opinion publique tchèque ?
- Oui; partiellement.
- A-t-il changé son opinion sur le président Vaclav Klaus.?
- Pas beaucoup. Les Bush père et fils ont des rapports amicaux avec Vaclav Havel et la récente visite de Klaus aux USA n'y a rien changé. "L'accrochage verbal" que Klaus a eu jadis avec Craig Stapleton, l'ambassadeur américain, au sujet de l'Irak, ne sera vraisemblablement jamais oublié.
- L'opinion de Klaus sur Bush a-t-elle changé ?
- Improbable. Klaus, de longue date, n'est pas de ceux qui changent d'opinion..
- Les Tchèques vont-ils changer d'opinion sur le président Bush ?
- Certains. Difficile de donner une réponse.
- L'antiaméricanisme en République Tchèque va-t-il diminué ?
- Manifestement non. L'orientation de l'opinion publique tchèque reste très nette.
- Est-ce que l'Europe, y compris la République Tchèque, peut envisager un quelconque changement de la politique américaine ?
- Non, les USA vont toujours jouer leur rôle de superpuissance.
La manifestation intitulée "L'Amérique, merci" s'est soldée par un fiasco complet. Un gigantesque podium parfaitement sonorisé, sur la partie basse de a place St. Venceslas, n'a attiré que quelques badauds locaux et étrangers
En Pologne, le nombre des adversaires de la base américaine augmente. D'après les derniers sondages des agences OBOP et CBOS, 56 % de la population est contre, seulement 28 % est pour, et le reste ne se prononce pas.
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