LE DÉCÈS DE SLOBODAN MILOSEVIC :
DOCUMENTS ET TÉMOIGNAGES |
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SES DERNIERS MOTS |
Un assistant de Milosevic, membre du Parti socialiste, a déclaré samedi que l'ex-président défiait ses juges juste avant sa mort. "Il m'a dit : ne vous inquiétez pas. Ils ne me détruiront pas, ils ne me casseront pas. Je les vaincrai tous", a affirmé Milorad Vucelic rendant compte d'une conversation téléphonique tard vendredi avec l'ex-président. "Mais il était évident qu'il était très malade."
Parlant au quartier général du Parti socialiste à Belgrade, Vucelic a dit que Milosevic avait vendredi un "bon moral" mais qu'il ne voulait pas discuter de sa maladie. "Nous devions nous reparler aujourd'hui, mais il n'a pas appelé, cela m'a inquité", a ajouté Vucelic. "Et puis j'ai appris ce qui était arrivé".
Pendant la conversation téléphonique, Milosevic a paru optimiste et satisfait de la façon dont évoluait sa défense, a précisé Vucelic. |
| Katarina Kratovac, Associated Press, 11 mars 2006. |
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SA DERNIERE LETTRE |
| Au ministère des Affaires étrangères de la Fédération Russe.
Chers Mesdames et Messieurs.
Avec ma reconnaissance pour la solidarité et la compréhension que vous avez manifestées en acceptant de me recevoir pour un traitement médical et en donnant les garanties appropriées, je voudrais vous informer de ce qui suit.
Je pense que la persistance avec laquelle mon traitement médical en Russie a été refusé a été motivée en premier lieu par la peur qu'à travers un examen médical approfondi ne soit découvert que, pendant le déroulement du procès, des mesures actives et volontaires ont été prises pour détruire ma santé, ce qui n'aurait pas pu être caché aux spécialistes russes.
Pour prouver mes affirmations, je vous soumets un simple exemple que vous trouverez dans le document annexé à cette lettre. Ce document, que j'ai reçu le 7 mars, montre que le 12 janvier (c'est-à-dire il y a deux mois), une substance extrêmement forte a été trouvée dans mon sang, qui est utilisée, comme ils le disent eux-mêmes, dans le traitement de la tuberculose et de la lèpre, bien que je n'aie jamais pris un antibiotuque quelconque pendant les cinq années que j'ai passées dans leur prison.
Pendant toute cette période, je n'ai jamais eu non plus une quelconque maladie infectieuse (à part la grippe).
Le fait que les médecins aient eu besoin de deux mois pour m'informer ne peut être exppliqué autrement que par une manipulation à laquelle nous sommes confrontés. En tout cas, ceux qui m'administrent un remède contre la lèpre ne peuvent certainement pas soigner ma maladie, pas plus que ceux contre lesquels j'ai défendu mon pays en temps de guerre et qui ont intérêt à me réduire au silence.
Mesdames et Messieurs, vous savez que les médecins russes, qui sont parmi les plus respectés dans le monde, sont arrivés à la conclusion que l'examen et le traitement des problèmes vasculaires dans ma tête sont à la fois inévitables et urgents. Je sais que cela est vrai, et je me sens très mal.
Je m'adresse à vous dans l'espoir que vous m'aiderez à défendre ma santé contre les activités criminelles de cette institution, travaillant sous l'égide de l'ONU, et que j'aurai le plus vite possible la possibilité de recevoir un traitement adéquat dans votre hôpital aux médecins duquel, comme à la Russie, je fais la plus entière confiance.
Sincèrement vôtre, Slobodan Milosevic.
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Lettre écrite à la main, datée du 8 mars,
traduite d'un texte en anglais fourni par l'avocat Zdenko Tomanovic. |
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SA DERNIERE VISITE |
L'ex-Président du Monténégro et Premier ministre de la République fédérale de Yougoslavie, Momir Bulatovic, a déclaré le 15 mars que le président Milosevic était profondément convaincu qu'il était empoisonné dans le centre de détention du TPI, étant donné qu'il ne prenait pas le médicament controversé Rifampicin dont des traces ont été trouvées dans son sang.
Bulatovic, qui a passé avec Milosevic les trois derniers jours de sa vie, a dit au cours d'une conférence de presse que l'ex-président n'avait reçu les résultats de ses tests sanguins que deux mois après qu'ils aient été faits.
Les soupçons sont fondés sur le fait que le TPI n'a pas réagi, et que ses responsables n'ont rien fait, bien qu'on ait trouvé des traces de la substance dans le sang de Milosevic dès le 12 janvier. Indépendamment de la façon dont la drogue a été administrée, les autorités du TPI auraient du réagir aux résultats des tests, a dit Bulatovic, mais leur seule réaction a été de les dissimuler.
Bulatovic, qui devait témoigner pour la défense, a passé six heures par jour avec Milosevic pendant trois jours, du 8 au 10 mars, et a dit qu'il s'inquiétait beaucoup de la santé de l'ex-président.
Bien que n'étant pas un expert en médecine, il s'est clairement rendu compte que les conditions de détention et d'assistance médicale mettaient en danger la santé de Milosevic. Le 8 mars, ce dernier pouvait à peine rester éveillé et se plaignait de douleurs dans les reins.
Le lendemain Bulatovic a dit qu'il avait trouvé Milosevic en train de lire les résultats des tests du 12 janvier, qu'il avait reçus avec un retard de deux mois, ce qui suggérait que quelque chose ne tournait pas rond.
Milosevic lui a montré les résultats et a insisté particulièrement sur la Rifampicine, en déclarant qu'il était convaincu qu'on l'empoisonnait en lui administrrant secrètement ce produit pour agir contre le traitement qu'il recevait pour son hypertension.
Bulatovic a dit que le 9 mars, vers 11 h 30, Milosevic avait eu un entretien avec Gillian Higgins, l'assistante de l'avocat Stephen Kay que le TPI lui avait imposé, et qu'il lui avait fait part de ses soupçons, en répétant sans arrêt qu'il ne prenait secrètement aucune substance qui pouvait mettre sa santé en danger. Selon Bulatovic, il était impossible que Milosevic prenne de lui-même la drogue dans le but d'obtenir une libération temporaire lui permettant d'être soigné à Moscou.
Le 10 mars, vers 16 h, Milosevic était si fatigué qu'il a demandé une suspension de son travail de défense. Il a exprimé la conviction que le témoignage de Bulatovic allait fournir des preuves majeures de son innocence. Il a demandé qu'on lui accorde de ne pas préparer ce témoignage pendant le week-end pour pouvoir se reposer, mais il est mort dans la nuit.
Bulatovic a conclu que Milosevic serait vivant aujourd'hui si on lui avait permis de se faire traiter dans n'importe quel hôpital. |
| Tanjug, 15 mars 2006. |
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LE DERNIER MENSONGE DES GRANDS MÉDIAS |
Les grands médias ont systématiquement sous-évalué le nombre de personnes qui ont défilé devant le cercueil de Slobodan Milosevic, à Belgrade, le samedi 18 mars. Ils ont tous inscrit leurs estimations dans une fourchette allant de 20.000 (en France, où comme d¹habitude le Monde est le champion du mensonge) à 80.000 (en Angleterre, où les journalistes sont un peu plus honnêtes), avec une moyenne générale de 50.000.
Or, il s'agit d¹une flagrante désinformation. Les observateurs sur place sont formels : c'est entre 500.000 et 600.000 personnes qui ont rendu hommage à l¹ancien président, soit 10 fois plus ! . |
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LES OBSÈQUES DE SLOBODAN MILOSEVIC
DANS LES QUOTIDIENS FRANÇAIS. |
Les lecteurs de nos quotidiens parus lundi 20 mars ont peu de chance d'avoir pu prendre la mesure de l'événement constitué par le formidable hommage populaire rendu, à Belgrade, à la dépouille mortelle de Slobodan Milosevic. Encore moins, d'en avoir appréhendé le sens. La désinformation aura poursuivi l'ancien président serbe jusque dans la tombe ! Seul Le Figaro a publié un reportage rendant à peu près compte de la réalité.
Le Monde avait choisi ce jour-là un profil bas, contrastant avec les déjections déversées à profusion les jours précédents. Il avait occulté l'information derrière le sarcasme. On ne sait donc s'il faut le plus retenir la bassesse consistant à cracher (pour employer une litote !) sur un cadavre, ou le mépris que ce prétendu organe d'information affiche pour ses lecteurs. Sans entrer dans les détails de cette prose nauséabonde, on relèvera seulement un indice de l'évidente volonté désinformatrice : ce journal est le seul à chiffrer la foule qui a défilé devant le cercueil à 20.000 personnes seulement. À titre de comparaison, le Sunday Times du 19 mars annonçait 80.000 personnes ; la plupart des radios françaises parlaient de 50.000 (ce qui est déjà considérable pour une ville comme Belgrade !) ; les observateurs sur place déclarent, de leur côté, qu'il n'est pas irréaliste d'avancer un chiffre de plusieurs centaines de milliers de personnes.
L'évaluation des foules donne toujours lieu à des querelles d'experts, aussi le nombre n'est-il pas très important en soi ; ce qui est ici significatif, c'est que Le Monde le minore sciemment, pour le mettre en cohérence avec son affirmation selon laquelle ceux qui se sont déplacés sont des "nostalgiques" de "l'ancien dictateur", pour la plupart des vétérans délabrés. L'idée est, évidemment, démentie par la réalité de cette immense foule qui a vu se rassembler indistinctement partisans et adversaires de l'ancien président, immense foule qui - par-delà les divergences d'appréciation sur le dirigeant - a voulu rendre hommage à l'homme qui avait, jusqu'à la fin, incarné la dignité de la Serbie et de son peuple tout entier, face à l'immense coalition du mensonge.
Pour Libération aussi, la foule venue aux obsèques était composée de "nostalgiques" pas très nombreux, qu'il a évalués à un chiffre quand même supérieur à celui donné par Le Monde. Mais tout l'article respirait le dédain pour l'événement et ses acteurs, à commencer par son héros. C'était, une fois de plus, un éditorial ravageur sous les apparences d'un reportage serein. Une spécialité de la maison.
La Croix, plus honnêtement, parlait de 80.000 personnes à Belgrade, et 8 à 10.000 à Pozarevac. Comme les deux précédents, et sans doute pour les mêmes raisons, ce journal insistait sur l'âge des participants et brodait sur le thème de la nostalgie. Comme Le Monde, il qualifiait cet hommage populaire de "meeting" (du parti socialiste de Serbie, naturellement).
Les occasions de sourire étant rares à la lecture de ces piètres exercices de désinformation, signalons l'humour involontaire qui se dégage du titre de l'article de La Croix : "Milosevic a rassemblé ses fidèles pour un dernier meeting". Voilà donc Milosevic transmué en Christ ressuscité, capable de convier ses "fidèles" à un "meeting" par-delà le tombeau (avec un avantage certain sur Jésus, car celui-ci n'avait réussi à rassembler que 500 partisans à son ultime meeting post mortem !) Dans un journal catholique, ce parallèle ne manque pas de saveur.
Ces comptes rendus plus ou moins tordus ont été, évidemment, accompagnés d'abondants rappels que Milosevic était "jugé pour crimes de guerre, crimes contre l'humanité et génocide". Ils se sont, en revanche, abstenus d'énoncer la seule chose constituant à proprement parler une information ; à savoir que ces accusations avaient été totalement dégonflées par trois ans de procès. On se demande à quoi servent les procès, si les conclusions qui se dégagent de leurs audiences sont traitées comme nulles et non avenues ! |
| Pierre MOREAU. |
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