n°  90   ( Juillet 2004 )  
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  Le divorce
Les nouvelles du mois sentent le corbillard..
Colombani, Plenel et Minc, le trio de fossoyeurs du Monde, ont secrètement conclu un arrangement piteux avec Pean et Cohen, les dénonciateurs de leur «face cachée», en proclamant leur attachement commun «à la liberté de la presse et au débat public» (sic). Cinq cadavres de plus dans le cimetière de la vérité.
Ronald Reagan et Ray Charles sont morts. Au vu de leurs carrières, on aurait envie de danser sur la tombe du premier en versant une larme sur celle du second.
Le malheureux Paul Marshall Johnson, décapité en Irak, a payé de sa vie, parmi des milliers d’autres, la frénésie impériale de l’Amérique. Celle-ci a fait, en dix ans dans les Balkans ou au Moyen-Orient, cent, peut-être mille fois plus de victimes civiles que tous les terroristes réunis.
L’Europe en a pris un coup avec 60 % d’abstentions à ses élections parlementaires. Les peuples ont visiblement manifesté plus d’intérêt pour ses footballeurs que pour ses députés. Un pas vers la fosse commune où l’on aimerait voir disparaître l’usine à gaz brusselo-strasbourgeoise.
Malgré ces différents avis de décès ou de maladie grave, l’ambiance n’est pas au deuil. Officiellement du moins. Plutôt au nuage d’encens. L’enterrement de l’affaire du Monde a suscité une hypocrite satisfaction générale ; la dépouille de Reagan a été gratifiée d’une hagiographie grotesque et celle de Ray Charles d’éloges funèbres (mérités ceux-là) ; l’exécution de Johnson a été saluée par une flambée de déclarations martiales dans la guerre sainte de George Bush ; l’Europe souffrante, délaissée sur son lit d’hôpital par des populations plus préoccupées de leur pain quotidien que des sinécures des technocrates internationaux, s’est vue administrer le remède d’une constitution bancale avec l’acharnement thérapeutique de ses charlatans habituels.
Difficile de voir clair dans ce brouillard fleuri où tout ce qui est noir est peint en rose. Mais en ce qui concerne les suffrages européens, une chose est sûre : le verdict populaire a été brutal. Les gouvernements ne représentent plus la conscience publique. On n’en est pas à la révolte des masses, loin de là. Mais leur désintérêt peut être trompeur : le calme de l’apathie précède souvent l’orage. Et à force d’abuser les gens, on finit par transformer leur découragement en force du désespoir.
Cela dit, il faut déceler les raisons de ce divorce entre le pouvoir des uns et l’impuissance des autres. Il semble qu’une différence soit à faire entre l’Europe de l’ouest et l’Europe de l’est. La nature du rejet passsif n’est pas la même. A l’ouest, l’absence de votants sanctionnerait une fabrication transétatique qui paraît lointaine et artificielle, à laquelle on ne comprend rien et qui ignore la profondeur du sentiment national. Elle serait une réaction politique à l’assemblage continental, à l’Union européenne elle-même. A l’est, où la dégradation des conditions de vie se fait plus rudement sentir, elle sanctionnerait l’imposition du néo-libéralisme avec son cortège d’injustices sociales. Après l’enthousiasme des premières heures de l’adhésion à la communauté, elle serait une réaction économique aux conséquences désastreuses de la mondialisation. En un mot, «l’Europe libérale» apparaît comme une cause indéfendable : à l’ouest, on ne croit pas à l’Europe ; à l’est on ne veut pas du libéral. Les motivations sont peut-être différentes, mais elles convergent sur la même cible : les peuples se détournent de la froide et inhumaine structure dans laquelle on veut les paralyser.
La classe politique, on le sait, est faite de bien mauvais élèves. Les têtes d’œuf sont convaincus de tout savoir, les cancres ne veulent pas reconnaître qu’ils ne savent rien. Certains peuvent se féliciter d’avoir encore quelques adeptes, et d’être encore de grosses grenouilles dans leur petite mare, mais ils ont tous du mal à apprendre leur leçon. Et cette leçon est limpide : ils se discréditent de plus en plus. Le divorce s’agrave, leurs peuples ne croient plus en eux. A force de les voir foncer dans le mur en chantant, je crains qu’il ne faille leur appliquer la formule utilisée par Norman Mailer à propos de George Bush : «Il sait se faire aimer par une partie de la population, la moins intelligente. Ils peuvent se dire que si ce crétin a été élu, pourquoi pas eux.» Si l’amour d’imbéciles de moins en moins nombreux suffit à rassurer nos politiciens au milieu de leurs décombres, ça sent vraiment le corbillard.
Louis Dalmas

 Les excuses oubliées du pape.
Une lettre émouvante du patriarcat orthodoxe au pape, qui rappelle, à propos des excuses que le souverain pontife vient de présenter pour les excès de l’Inquisition, que le Vatican n’a jamais demandé pardon pour les cruautés catholiques dans les Balkans.
 L’équipe diplomatique de John Kerry, si ce dernier est élu président des USA, ne changera pas beaucoup la politique étrangère américaine.
 L’histoire de la Fondation Saint-Simon, et une nouvelle réfutation du mensonge de la destruction serbe de Dubrovnik.
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