n°  86   ( Mars 2004 )  
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  Très bien, mais...
Différentes initiatives visant à jeter un regard critique sur l'information diffusée par les médias se mettent présentement en place, en parallèle ou en complémentarité. Dans notre dernier numéro, nous avons signalé la création d'un "Observatoire des médias", sous l'égide du Monde diplomatique. Beaucoup de nos lecteurs ont, par ailleurs, eu connaissance de l'opération. "Informer sur l'information", lancée par l'équipe du journal PLPL et de l'Acrimed.
D'aucuns pourraient s'étonner que nous nous contentions d'en faire mention sans marquer d'empressement à nous y joindre. B.I. réalise en effet, à un point sans égal dans les publications françaises, et ce depuis sept ans, le programme que ces groupes de réflexion se sont donné pour mission de développer.
Si nous nous contentons, pour l'instant, de jeter sur eux un regard sympathique et nous cantonnons dans un prudent attentisme, c'est que nous sommes instruits par l'expérience. Nous ne pouvons oublier que depuis que nous menons notre combat, les principaux promoteurs de ces initiatives ont manifesté, à l'égard de l'intoxication médiatique dans l'affaire yougoslave, au mieux une indifférence condescendante, au pire une complaisance coupable.
Ce n'est cependant pas faute que nous les ayons alertés. Certes, quelques uns d'entre eux ont analysé avec rigueur et vigueur les mensonges qui ont accompagné, en mars 1999, l'agression de l'OTAN contre la Serbie ; mais on attend encore qu'ils s'intéressent à la campagne d'intoxication des dix années précédentes, dont les bobards de Jamie Shea ne sont que l'aboutissement logique et programmé. Force est de constater, malheureusement, qu'ils font toujours "l'impasse" sur ce que Merlino avait, fort justement, dénommé un "Tchernobyl de l'information", et dont les effets mortifères continuent de se faire sentir.
On peut se tromper dans un domaine, dit-on, et néanmoins voir juste dans les autres. Peut-être, mais quel crédit de lucidité peut-on faire à priori à des gens qui, non seulement ont été aveugles sur la plus énorme manipulation médiatique opérée depuis Staline, mais en outre refusent obstinément d'essuyer leurs lunettes ? Nous avons abondamment montré (avec d'autres) que la formidable campagne de désinformation, au service de l'hégémonie U.S., dont nos médias se font les complices zélés depuis 1990, a servi de modèle et de laboratoire à l'instauration du "nouvel ordre mondial" dont les effets sont flagrants aujourd'hui. Tous les nouveaux procédés de la désinformation de l'apres-Guerre froide s'y sont mis en place. Prétendre dénoncer les dérives médiatiques en "faisant l'impasse" sur cet aspect crucial, c'est comme vouloir écrire l'histoire du terrorisme islamique de ces dernières années en taisant l'attentat du 11 septembre...
Il va de soi que nous souhaitons bon vent à ces initiatives et que nous nous réjouissons d'avance de toute brèche qu'elles pourront ouvrir dans le mur de l'information bétonnée. Nous ne nous déroberons pas non plus à d’éventuelles propositions de collaboration, si leurs promoteurs comprennent l'intérêt de profiter de la compétence que nous avons engrangée sur ce terrain.
Maurice Pergnier

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