n°  80   ( Septembre 2003 )  
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  Vérité et justice
Il est triste de le constater, mais à ceux qui se préoccupent d’autre chose que de conserver leur bronzage de l’été, la rentrée offre un tableau plutôt sinistre.
La Croatie ethniquement purifiée, la Bosnie islamisée, le Kosovo criminalisé, la Serbie exsangue, les Balkans colonisés, l’Afghanistan dans le chaos, l’Irak dévasté et pillé, le Proche-Orient déchiré, l’Iran et la Syrie menacés, l’Europe en voie de fragmentation, les grandes nations démembrées, partout le réveil du fanatisme religieux, des irrédentismes minoritaires et de la fureur raciste. Un espace de folie meurtrière ou d’esclavage de plus en plus misérable. Des gouvernements satellisés, des peuples oscillant entre la rage et la résignation. Et surtout la haine, la haine omniprésente, la haine du bourreau impuni, de l’expulsé sans retour, du voisin étranger, du maître sans scrupules, de l’occupant nanti. Voilà le bilan d’une décennie du nouvel empire occidental. Hitler et Staline ont laissé des traces funèbres dans notre histoire. Clinton, Bush et Blair ne sont pas loin de les imiter.
L’horreur qu’on éprouve à ce spectacle est double. Les événements parlent pour eux-mêmes. Ils sont une honte pour nous tous. Mais ce qui les rend encore plus intolérables, c’est le rideau cynique qui les enrobe d’une vertueuse confiture. Dieu est à toutes les sauces, un droit inventé de toutes pièces justifie les crimes, la bonne conscience auréole les assassins. Clinton pérore sur sa clairvoyance passée, Bush se vante de sa morale, Blair se félicite de sa perspicacité. Et les grands médias, même si certains réalisent enfin qu’ils ont été dupés, n’ont pas encore pris la mesure de l’énorme manipulation de l’opinion publique dont ils ont été (et sont toujours pour la plupart) les complices volontaires ou inconscients.
La nouvelle idéologie dominante est simple. Elle se compose de trois principes : mépris des Nations Unies, ingérence humanitaire, guerre préventive. Des théories qui ne peuvent s’appuyer que sur deux pratiques

Celle du mensonge d’abord. Pour faire avaler la stratégie impériale, il faut qu’une information soigneusement «traitée» la présente comme la croisade du bien. C’est ce qui a été fait, comme nous le montrons dans ce numéro, aussi bien pour la Yougoslavie que pour l’Afghanistan et l’Irak. Le mécanisme est le même, se perfectionnant en cours de route. Tout a été imaginé ou falsifié, les génocides, les plans d’épuration ethniques, les armes de destruction massive, les nécessités humanitaires, les massacres prémédités, les menaces pour la sécurité de la planète. Certes, personne n’est complètement innocent dans les allées du pouvoir. Les atrocités de guerre, ou les méfaits de régimes autoritaires, sont réels, et personne ne les nie. Mais qu’on les grossisse ou qu’on les invente pour justifier l’agression de nations souveraines, en dehors de toute légitimité, n’est qu’une régression vers la barbarie, vers le règne de la force des armes et de la toute-puissance de l’argent. Un règne qui ne peut se maintenir que par le bourrage de crâne et l’intoxication.

Celle de l’injustice ensuite. Pour que la stratégie impériale puisse s’imposer, il faut que ses soudards, des grands chefs au dernier soldat, jouissent de l’impunité. Un privilège régalien qui s’obtient en rejetant la Cour internationale de justice, en exigeant des traités bilatéraux d’exonération par le chantage financier, en étranglant la Belgique pour qu’elle abandonne sa législation de compétence universelle. Le seigneur américain ne doit courir aucun risque. Son bon vouloir prime le droit. Mais être obligé de lui donner raison n’est pas suffusant, il faut aussi être convaincu que ses adversaires ont tort. Leur culpabilité est assurée par des instances conditionnées comme le Tribunal pénal international de La Haye. où les résistants vaincus sont condamnés d’avance par le vainqueur.

Ainsi le mépris des Nations Unies, l’ingérence humanitaire et la guerre préventive, soutenus par le mensonge et l’injustice, sont le chant de guerre des nouveaux croisés. Il faut réagir, sinon le sinistre tableau décrit plus haut va encore s’assombrir.

A B.I., nous sommes sûrs qu’il y a de plus en plus de gens qui s’inquiètent, qui s’indignent, qui voudraient faire quelque chose. Faisons-le ensemble. Nous voulons créer une association qui s’appellerait simplement «Vérité et Justice». Qui serait ouverte à tous ceux – collectifs ou individus – que révoltent le mensonge et l’injustice. Qui aurait son budget indépendant, totalement transparent. Pour que ce projet réussisse, il faut que nous soyons nombreux, venus de tous les horizons. Que nous ayons assez de force pour informer les médias et impressionner les politiciens. Pour dénoncer les tromperies et être écoutés. Alors écrivez-nous, faxez-nous, envoyez nous des e-mails, pour nous dire si vous êtes d’accord, si vous acceptez de contribuer à cet effort commun.
Nous attendons vos réponses. La vérité et la justice méritent que nous nous battions pour elles.
Louis Dalmas

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